Dans le foisonnement du gouvernement Suminwa II, un nom surprend, presque inattendu : Floribert Anzuluni Isiloketshi, nouvel occupant du ministère de l’Intégration régionale. L’homme, souvent décrit comme un esprit libre, a le profil atypique de ceux qui bousculent les codes. Activiste, exilé, opposant déclaré, candidat à la magistrature suprême… et désormais ministre.
Anzuluni vit comme s’il cherchait à incarner l’utopie africaine décrite par l’intellectuel sénégalais Felwine Sarr dans Afrotopia : celle d’une génération de leaders capables de réinventer le destin du continent. En décembre 2023, il se lançait dans la course à la présidence avec un programme simple et tranchant : lutter contre la corruption, restaurer la sécurité et améliorer le lien entre économie et justice sociale. Le verdict des urnes fut modeste – 13 707 voix, soit 0,08 % – mais son nom s’inscrivait durablement dans le paysage politique. Peu auraient misé sur son entrée au gouvernement deux ans plus tard.
Né en janvier 1983 à Kinshasa, Floribert est le fils de Célestin Anzuluni Bembe Isolonyonyi, ancien président de l’Assemblée nationale du Zaïre (1988-1992). L’instabilité politique pousse très tôt la famille à quitter le pays. Il poursuit ses études secondaires à Mons, en Belgique, puis décroche en 2006 un diplôme en sciences politiques à l’Université de Montréal, au Canada. De retour à Kinshasa, il débute dans le secteur bancaire, gravissant les échelons à la Standard Bank puis à Ecobank, où il dirige la gestion des risques. Mais la finance n’éteint pas sa fibre militante.
En 2015, il cofonde Filimbi – “coup de sifflet” en swahili – un mouvement citoyen qui appelle la jeunesse congolaise à s’impliquer dans la vie publique et à dialoguer avec les décideurs. Face à la répression, il prend le chemin de l’exil dès mars 2015. De Dakar à Bruxelles, il tente de fédérer l’opposition contre le régime Kabila. L’épisode le plus marquant : une rencontre sur l’île de Gorée pour unir les forces anti-Kabila. L’initiative échoue, mais Anzuluni y voit “une expérience” plutôt qu’un revers. Après l’arrivée de Félix Tshisekedi au pouvoir, il collabore avec The Sentry, ONG américaine engagée contre la corruption en Afrique.
En 2023, il prend la tête du parti Alternative Citoyenne et, après une primaire organisée par l’Alternative pour un Congo Nouveau (ACN), devient le candidat de la société civile à la présidentielle. Ses résultats électoraux sont modestes, mais sa visibilité croît. En janvier 2025, il réclame avec Moïse Katumbi et Martin Fayulu l’annulation des élections, dénonçant un processus vicié.
Le voilà pourtant aujourd’hui ministre de l’Intégration régionale, au cœur du dispositif gouvernemental. Pour lui, cette position pourrait être une tribune pour défendre sa vision : « On veut créer un nouveau type de citoyen africain, une élite connectée aux réalités du terrain. La bataille se mène contre un système, pas seulement contre un homme. »
De “terroriste” pour ses détracteurs à ministre pour ses pairs, Floribert Anzuluni reste fidèle à une constante : ne jamais trahir l’idée qu’un Congo meilleur est possible, même quand la route passe par les chemins les plus inattendus.
Elrick Elesse


