L’arrivée du président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, à Lomé marque une nouvelle séquence diplomatique dans la quête d’une paix durable dans l’est du pays. Ce déplacement, effectué à l’invitation de Faure Essozimna Gnassingbé, président du Conseil de la République togolaise et médiateur désigné par l’Union africaine (UA), intervient dans un contexte de multiplication des initiatives internationales, mais aussi de fragmentation des processus de médiation.
Selon des sources proches du dossier, la visite du chef de l’État congolais à Lomé est consacrée à une séance de travail centrée sur les efforts de stabilisation de l’Est congolais. D’après la présidence de la RDC, il s’agit d’un déplacement aller-retour, ce qui souligne le caractère ciblé et stratégique de la rencontre. Au-delà de sa brièveté, cette visite traduit la volonté de Kinshasa de repositionner la médiation africaine au cœur du processus de paix, à un moment où les initiatives menées par les États-Unis et le Qatar occupent une place de plus en plus visible.
Désigné médiateur par l’Union africaine après avoir succédé au président angolais João Lourenço, Faure Gnassingbé est resté jusqu’ici relativement discret dans la gestion du dossier congolais. Cette retenue contrastait avec l’activisme diplomatique observé à Doha, Washington ou encore Luanda.
Toutefois, selon des sources diplomatiques, Lomé entend désormais « faire bouger les lignes », en cherchant à redonner de la cohérence à un processus de paix éclaté entre plusieurs cadres de négociation parfois concurrents. Dans cette optique, le Togo prévoit d’organiser, le 17 janvier 2026, une réunion de haut niveau consacrée à la cohérence et à la consolidation du processus de paix en RDC et dans l’ensemble de la région des Grands Lacs.
L’objectif affiché est double : restaurer la confiance entre les parties prenantes et éviter la dispersion des efforts diplomatiques, qui affaiblit l’impact des engagements pris sur le terrain. Cette rencontre ambitionne également de réaffirmer le rôle central de l’Union africaine comme cadre de coordination politique, en complément des médiations extra-africaines.
La démarche togolaise s’inscrit dans une dynamique internationale amorcée en amont. Le 30 octobre 2025, la France avait organisé à Paris une Conférence de soutien à la paix et à la prospérité dans la région des Grands Lacs, en étroite coordination avec le Togo. Cette conférence avait permis de mobiliser plus de 1,5 milliard d’euros en faveur des populations vulnérables et de renforcer l’appui à la dynamique de négociation menée conjointement par les États-Unis, le Qatar et l’Union africaine.
La mission confiée à Faure Gnassingbé ne s’exerce pas en vase clos. Conformément aux décisions du sommet conjoint virtuel de l’EAC et de la SADC du 24 mars 2025, le médiateur togolais est appelé à travailler en étroite coordination avec les facilitateurs du processus de paix fusionné de Luanda et de Nairobi. Cette architecture régionale vise à éviter les chevauchements et à aligner les initiatives politiques, sécuritaires et diplomatiques autour d’un cadre commun, reconnu par les organisations régionales africaines.
La visite de Félix Tshisekedi à Lomé intervient ainsi à un moment charnière. Elle constitue un test de crédibilité pour la médiation togolaise et, plus largement, pour la capacité de l’Union africaine à reprendre l’initiative politique dans un dossier où les attentes des populations congolaises restent immenses. Pour Kinshasa, l’enjeu est clair : transformer l’intensité diplomatique actuelle en résultats concrets sur le terrain, notamment en matière de cessez-le-feu, de protection des civils et de désescalade régionale.
Pour Lomé, il s’agit désormais de prouver que la médiation africaine peut non seulement coordonner, mais aussi impulser une paix durable dans l’est de la RDC.
Junior Kulele


