João Manuel Gonçalves Lourenço, Président de l’Angola, a officiellement pris ce samedi la présidence tournante de l’Union Africaine (UA) pour l’année 2025, succédant à son homologue mauritanien Mohamed Ould Cheikh Ghazouani. La cérémonie, marquant l’ouverture du 38ᵉ Sommet de l’UA à Addis-Abeba, a rassemblé plusieurs chefs d’État et de gouvernement, ainsi que Moussa Faki Mahamat, président de la Commission de l’UA.
En recevant le marteau symbolique du leadership continental, Lourenço devient le porte-voix de l’organisation jusqu’en février 2026. Aux côtés de l’Angola, le nouveau bureau de l’UA comprend Évariste Ndayishimiye du Burundi (premier vice-président, représentant l’Afrique centrale), John Dramani Mahama du Ghana (deuxième vice-président, représentant l’Afrique de l’Ouest) et Samia Suluhu de Tanzanie (troisième vice-présidente, représentant l’Afrique de l’Est). Mohamed Ould Cheikh Ghazouani de la Mauritanie occupera, quant à lui, le poste de rapporteur.
L’accession de l’Angola à la présidence de l’UA intervient alors que l’organisation fait face à de vives critiques sur son incapacité à gérer les conflits qui secouent le continent. Du Soudan au Mozambique, en passant par la Libye et la région du Sahel, plusieurs foyers de tension persistent. Parmi eux, la crise à l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC) demeure un point de friction majeur, particulièrement avec l’escalade des hostilités entre la RDC et le Rwanda.
Depuis la résurgence du M23, que Kinshasa accuse d’être soutenu militairement par Kigali, la RDC plaide pour des sanctions contre le Rwanda, sans succès jusqu’à présent. L’UA, dans ses récents communiqués, a appelé à un cessez-le-feu, mais sans mentionner explicitement le rôle du Rwanda dans l’aggravation du conflit. Une position jugée trop passive par les autorités congolaises.
Alors qu’il a joué un rôle clé dans la médiation entre Kinshasa et Kigali depuis 2022, João Lourenço a annoncé qu’il se retirait officiellement de ce processus en raison de la persistance du blocage entre les parties. Malgré ses efforts, marqués par plusieurs rencontres entre Félix Tshisekedi et Paul Kagame, aucune avancée significative n’a été enregistrée.
« La médiation ne peut être efficace que si toutes les parties s’engagent de bonne foi. L’Angola a fait sa part, mais nous constatons que la situation reste inchangée », a confié un diplomate angolais sous couvert d’anonymat. Ce retrait laisse planer une incertitude sur l’avenir des négociations et pourrait accentuer les tensions entre Kinshasa et Kigali.
Ce retrait intervient alors que la RDC intensifie ses critiques envers l’UA. Fin janvier 2025, Kinshasa a annoncé son intention de transmettre une note de protestation à la Commission de l’UA après des déclarations controversées de Moussa Faki Mahamat. Ce dernier a qualifié le M23 d’« opposition politico-militaire », une terminologie rejetée fermement par Kinshasa.
La vice-ministre congolaise des Affaires étrangères, Gracia Yamba Kazadi, a dénoncé ces propos lors d’un échange téléphonique avec Idrys Amir, représentant de l’UA en RDC : « Le M23 est un groupe terroriste soutenu par le Rwanda. Il n’a rien d’une opposition politique et viole la souveraineté nationale de la RDC », a-t-elle affirmé.
Alors que Lourenço prend les rênes de l’UA, son retrait du processus de médiation dans la crise RDC-Rwanda met en lumière l’incapacité de l’organisation à imposer une solution durable aux conflits africains. La question demeure : qui prendra désormais le relais pour tenter de désamorcer une crise qui menace la stabilité de la région des Grands Lacs ?
Junior Kulele


