Ce qui devait être un acte de mémoire pourrait bien devenir une affaire d’État. En République démocratique du Congo, le dossier du Fonds de réparation et d’indemnisation des victimes des activités illicites de l’Ouganda, plus connu sous le nom de FRIVAO, bascule désormais sur le terrain judiciaire. Le ministre d’État en charge de la Justice, Guillaume Ngefa, a annoncé, ce vendredi 17 avril, avoir saisi le Procureur général près la Cour de cassation.
En ligne de mire : un contrat controversé liant le FRIVAO à la société DIVO SARL pour la réalisation d’un documentaire consacré à la guerre de six jours à Kisangani. À première vue, l’initiative relevait du devoir de mémoire, dans un pays où les cicatrices de l’histoire restent ouvertes. Mais les chiffres, eux, racontent une autre histoire. Plus d’un million de dollars américains auraient été décaissés pour un documentaire… de six minutes. Un montant qui, à lui seul, alimente les soupçons.
Selon le ministère de la Justice, plusieurs zones d’ombre entourent ce contrat : une partie des fonds resterait sans justification claire, les livrables ne correspondraient pas aux engagements initiaux, et des manquements graves auraient été constatés dans les procédures de passation des marchés publics.
Autant d’éléments qui laissent entrevoir de possibles irrégularités dans la gestion des finances publiques. L’affaire n’est pas née d’hier. Elle a été portée sur la place publique par le mouvement citoyen Filimbi, à travers un rapport au titre évocateur : « Réparer les victimes, pas détourner les fonds ». Le document dénonçait une gestion jugée opaque du FRIVAO, pointant notamment un marché attribué de gré à gré à DIVO SARL.
Plus troublant encore, le contrat initial, estimé à 700 000 dollars, prévoyait la livraison du documentaire en deux mois. Or, selon Filimbi, il aura fallu attendre six mois et une pression soutenue de la société civile pour voir une version finalement présentée à Kinshasa. Derrière cette polémique, c’est toute la crédibilité d’un mécanisme de réparation destiné aux victimes qui vacille. Le FRIVAO, conçu pour panser les plaies laissées par les exactions liées aux conflits armés, se retrouve aujourd’hui sommé de rendre des comptes.
L’enquête annoncée devra désormais faire la lumière sur ce qui apparaît, pour beaucoup, comme un écart troublant entre les intentions affichées et la réalité des faits. Car dans un pays où la mémoire des victimes exige rigueur et respect, chaque dollar détourné s’il l’est résonne comme une injustice de plus. Et cette fois, la justice est appelée à répondre.
JK


