Dans les couloirs du pouvoir comme dans les conversations politiques de Kinshasa, une idée commence à faire son chemin, aussi simple dans sa formulation que redoutable dans ses implications : un candidat, un seul mandat à briguer. Derrière cette proposition qui pourrait bouleverser les stratégies électorales congolaises, se trouve le sénateur Norbert Basengezi Katintima, déterminé à remettre sur la table une question longtemps évitée par la classe politique.
Au cœur de sa démarche : modifier la loi électorale afin d’interdire à un candidat de se présenter simultanément à plusieurs scrutins au cours d’un même cycle électoral. Autrement dit, il ne serait plus possible de briguer à la fois une mairie, un siège à l’assemblée provinciale, un mandat de député national, de sénateur ou encore la magistrature suprême. Une seule candidature, un seul pari politique.
Mettre fin à une stratégie devenue courante
Dans l’architecture électorale congolaise actuelle, la pratique est connue : certains candidats multiplient les candidatures afin de maximiser leurs chances d’accéder à une fonction. Lors des cycles électoraux précédents, plusieurs figures politiques notamment issues de la majorité au pouvoir autour du président Félix Tshisekedi avaient remporté plusieurs scrutins simultanément avant de choisir la fonction la plus stratégique ou la plus avantageuse.
Ce mécanisme crée un effet domino : lorsqu’un élu renonce à l’un des mandats obtenus, son suppléant ou le suivant sur la liste accède au poste. Juridiquement valide, cette pratique nourrit toutefois un débat sur l’éthique électorale et la sincérité de la compétition démocratique. Pour le sénateur Basengezi, l’enjeu est clair : restaurer la cohérence entre la candidature et l’engagement politique réel. La proposition vise à envoyer un signal simple aux électeurs : un candidat doit assumer pleinement l’ambition politique qu’il affiche.
Se présenter simultanément à plusieurs postes peut être perçu comme une stratégie opportuniste, où l’élection devient davantage un calcul qu’un engagement. L’idée d’une candidature unique permettrait également de réduire certaines distorsions du système. En effet, lorsque des leaders politiques occupent plusieurs positions électorales dans les résultats, ils peuvent indirectement influencer la composition des institutions à travers leurs remplaçants. Cela pose la question de la représentativité réelle des élus.
Dans une démocratie en consolidation comme celle de la RDC, cette réforme pourrait contribuer à clarifier le jeu électoral et renforcer la responsabilité politique des candidats. Mais entre l’idée et son adoption, le chemin s’annonce escarpé. L’histoire parlementaire congolaise montre que les réformes électorales qui limitent les marges de manœuvre des acteurs politiques rencontrent souvent de fortes résistances. Et pour cause : la possibilité de briguer plusieurs mandats constitue pour de nombreux candidats une forme d’assurance politique.
En supprimant cette option, la réforme obligerait chaque prétendant à miser sur une seule carte, avec tous les risques que cela comporte. C’est précisément pour cette raison que plusieurs observateurs doutent de la capacité du Parlement à adopter une telle modification. Les députés et sénateurs devraient accepter de restreindre eux-mêmes leurs propres opportunités électorales, un exercice rarement populaire dans les assemblées politiques. Qu’elle aboutisse ou non, la proposition du sénateur Basengezi a déjà le mérite de relancer un débat central : celui de l’équilibre entre stratégie politique et éthique démocratique.
Dans un pays où les réformes institutionnelles restent souvent au cœur des rapports de force politiques, l’idée d’une candidature unique pose une question fondamentale : la compétition électorale doit-elle être un terrain d’optimisation stratégique ou un engagement clair envers un mandat précis ? Au-delà de la technique juridique, la réponse à cette question pourrait bien révéler la maturité du système politique congolais.
Junior Kulele


