Face à l’aggravation de la crise humanitaire dans l’Est de la République démocratique du Congo et dans la région des Grands Lacs, l’Union européenne a annoncé une enveloppe de 81,2 millions d’euros d’aide humanitaire, à l’occasion de la visite de la commissaire européenne chargée de la préparation et de la gestion des crises, Hadja Lahbib.
Ce financement vise à fournir des services vitaux aux populations les plus vulnérables, tant à l’intérieur de la RDC qu’aux réfugiés congolais ayant fui vers les pays voisins.68 millions d’euros pour la RDC, 13,2 millions pour la réponse régionale. Selon la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, qui s’est exprimée lors d’une réunion du Conseil des ministres, 68 millions d’euros seront consacrés à l’aide humanitaire à l’intérieur de la RDC, où les besoins sont jugés les plus urgents en raison de l’intensification du conflit et des déplacements massifs de populations.
Les 13,2 millions d’euros restants seront alloués au soutien des mécanismes régionaux d’assistance aux réfugiés et au renforcement de la préparation aux catastrophes dans l’ensemble de la région des Grands Lacs, notamment au Burundi, au Rwanda et en Tanzanie. Pour garantir une utilisation efficace de ces fonds, la cheffe du Gouvernement a instruit les membres du cadre national de coordination humanitaire, notamment le Vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, la ministre d’État aux Affaires sociales, ainsi que les ministres de la Santé publique et des Ressources hydrauliques et de l’Électricité, de mettre en œuvre plusieurs mesures clés :
Mettre en place des équipes de coordination provinciale, notamment à Uvira et à Beni, afin de renforcer la présence de l’État et restaurer son autorité dans les zones affectées ; Renforcer la collaboration avec l’équipe humanitaire de la RDC pour aligner les actions sur le Plan de réponse humanitaire 2026 ; Mettre en œuvre les recommandations issues de la table ronde sur les services de santé et les services essentiels en contexte de conflit, tout en responsabilisant les différentes parties prenantes ; Développer des mécanismes de communication et de suivi des engagements pris, afin d’assurer transparence et redevabilité.
La RDC traverse aujourd’hui l’une des crises humanitaires les plus complexes et les plus sévères au monde. Plus de 21 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire, tandis que près de 28 millions sont touchées par l’insécurité alimentaire. Les violences persistantes dans l’Est du pays continuent de provoquer des déplacements massifs, forçant des familles entières à vivre dans des camps surpeuplés ou des abris précaires, souvent exposés aux épidémies, aux violences sexuelles et aux violations graves des droits humains.
La situation reste également fragile au Burundi, où des centaines de milliers de personnes demeurent déplacées à l’intérieur du pays ou réfugiées à l’étranger, notamment à cause de catastrophes naturelles comme les inondations et les glissements de terrain. La récente escalade du conflit dans l’Est de la RDC a par ailleurs entraîné des flux transfrontaliers massifs de réfugiés congolais, mettant sous pression les camps d’accueil, les services de santé et les systèmes d’approvisionnement en eau dans les pays voisins.
L’Union européenne demeure l’un des principaux bailleurs humanitaires dans la région. En 2025, elle avait déjà alloué 129,5 millions d’euros, principalement à la RDC, pour fournir une assistance vitale aux populations affectées par les conflits et aux réfugiés installés dans les pays voisins.
Si cette enveloppe de 81,2 millions d’euros constitue une bouffée d’oxygène pour des millions de personnes, elle met également en lumière un défi majeur : la capacité de l’État congolais à coordonner, absorber et contrôler l’aide humanitaire. La feuille de route gouvernementale marque une volonté politique de renforcer la présence de l’État dans les zones affectées et d’améliorer la gouvernance humanitaire.
Toutefois, la réussite de cette stratégie dépendra de la transparence, de la coordination avec les partenaires humanitaires et de la stabilité sécuritaire sur le terrain.Dans un contexte où les besoins dépassent largement les ressources disponibles, chaque euro devient un test de gouvernance, de solidarité internationale et de responsabilité nationale.
JK


