À Kinshasa, la scène est devenue familière : des milliers de Congolais rivés à leurs écrans, tentant désespérément d’obtenir un créneau pour un visa Schengen. Minuit, 5 heures du matin, midi… rien. Le calendrier du Centre européen de visas (CEV), ex-Maison Schengen, affiche systématiquement « aucune disponibilité ». Pour beaucoup, ce simple rendez-vous est devenu un privilège inaccessible.

Depuis plusieurs mois, les plaintes se multiplient. Sur les réseaux sociaux, dans les files d’attente, dans les familles, un même constat s’impose : obtenir un rendez-vous relève aujourd’hui du parcours du combattant. Et les accusations fusent. Manque d’organisation ? Opacité ? Collaboration entre agents et intermédiaires ? Certains usagers parlent carrément d’un trafic de rendez-vous alimenté par des réseaux d’intermédiaires qui exigeraient des paiements allant de 150 à 500 dollars pour un créneau théoriquement gratuit.
Face à la colère grandissante, Joris Salden, Directeur général des Affaires consulaires de la Belgique, est monté au créneau. Lors d’une séance de sensibilisation à Kinshasa, il a fermement rejeté toute implication du CEV dans une quelconque vente de rendez-vous. « Le système est automatique, impartial. Aucun rendez-vous n’est vendu par le CEV. » Assure-t-il. Le diplomate a reconnu des difficultés réelles, mais les attribue à une transition technique : la mise en place d’un nouveau système de prise de rendez-vous, encore instable et facilement manipulé par des réseaux d’intermédiaires. Selon lui, 1 000 rendez-vous seraient pourtant ouverts chaque semaine.

Joris Salden pointe du doigt un phénomène inquiétant : l’intrusion d’« intermédiaires mafieux ( Agences de Voyages) » qui monopoliseraient les créneaux disponibles avant de les revendre illégalement. « Nous demandons aux Congolais de remplir eux-mêmes leurs demandes de visa et de dénoncer ces pratiques. Les intermédiaires perturbent le système et créent une fausse rareté. » Une déclaration qui ne convainc pas tout le monde, tant les difficultés persistent.
À ses côtés, Freddy Roosmont, Directeur général de l’Office des étrangers de Belgique, actuellement en mission à Kinshasa, a livré un message clair : la Belgique est préoccupée par la hausse du nombre de demandeurs d’asile congolais arrivant sur son territoire. « Ce phénomène est anormal. Nous devons encourager les voies légales et freiner l’immigration irrégulière. » A-t-il insisté. Entre les lignes, certains y voient une raison supplémentaire aux contrôles renforcés et à la difficulté d’obtenir un visa.

La Belgique affirme avoir réalisé des investissements significatifs pour moderniser le CEV, améliorer ses capacités d’accueil et fluidifier les procédures. Objectif : renforcer un partenariat fondé sur une mobilité légale, maîtrisée et durable entre l’Europe et la RDC. Mais sur le terrain, la perception est toute autre. Pour de nombreux Congolais, les efforts annoncés contrastent avec la réalité d’un système saturé, opaque et inaccessible.
Entre réformes techniques, pressions migratoires et réseaux frauduleux, le débat sur les visas Schengen à Kinshasa reste explosif. La Belgique promet des améliorations ; les Congolais, eux, attendent surtout une chose : qu’un rendez-vous devenu un véritable mirage redevienne un simple clic.
Junior Kulele


