Fini, en principe, la chasse aux créneaux et la course contre la montre devant l’écran ! Depuis ce lundi 26 octobre 2026, le Centre européen des visas (CEV) à Kinshasa inaugure un système de liste d’attente automatisée.

Une réforme qui vise à rétablir l’équité dans l’accès aux rendez-vous et à limiter les pratiques d’intermédiaires auxquels certains demandeurs auraient payé jusqu’à 500 dollars pour une démarche pourtant gratuite. Reste une question : cette nouvelle procédure suffira-t-elle à assécher le marché parallèle des rendez-vous Schengen ?
Pour décrocher un rendez-vous Schengen à Kinshasa, il fallait parfois s’armer de patience, multiplier les connexions et surveiller la plateforme comme on guette une place rare. Pendant que les demandeurs s’épuisaient devant leurs écrans, d’autres promettaient de leur ouvrir les portes, moyennant des sommes qui donnent le vertige. Un rendez-vous gratuit pouvait ainsi devenir une dépense de plusieurs centaines de dollars.
C’est précisément contre cette mécanique que les autorités belges entendent agir. À compter du 26 octobre, le demandeur n’a plus à rechercher lui-même un créneau disponible sur la plateforme du CEV. Il introduit sa demande, rejoint une file d’attente automatisée et reçoit une notification par courrier électronique lorsqu’une place peut lui être proposée.
L’objectif affiché est clair : rendre la procédure plus transparente, réduire les avantages dont bénéficieraient certains intermédiaires et permettre aux demandeurs d’accéder au système sans devoir rester constamment à l’affût des disponibilités.

Le problème n’est pas nouveau. En novembre 2025, les autorités consulaires belges avaient déjà alerté sur la disparition extrêmement rapide des créneaux disponibles. Selon les chiffres alors communiqués, quelque 1 000 rendez-vous étaient libérés chaque semaine, mais certains pouvaient être captés en quelques secondes par des systèmes automatisés.
Dans ce contexte, des demandeurs auraient versé jusqu’à 500 dollars à des intermédiaires pour obtenir un simple rendez-vous. Une situation qui nourrit la frustration et installe une inégalité de fait entre ceux qui peuvent payer et ceux qui doivent patienter. Car le principe est pourtant simple : un rendez-vous ne s’achète pas, il s’obtient gratuitement par la procédure officielle.
Toute somme réclamée pour prétendument garantir une place doit donc éveiller la méfiance, particulièrement lorsque la promesse s’accompagne d’une assurance d’obtenir le visa. La nouvelle organisation cherche ainsi à retirer aux chasseurs de créneaux une partie de leur avantage. En remplaçant la course à la disponibilité par une file d’attente, elle entend remettre les demandeurs sur un pied plus équitable.
La question demeure toutefois entière : suffira-t-il de changer le mode de réservation pour faire disparaître les abus ? Le nouveau système peut limiter certaines pratiques, mais son efficacité dépendra aussi de son fonctionnement concret : délais d’attente, transparence de l’ordre de passage, fiabilité des notifications et capacité du dispositif à répondre à la demande. Si les rendez-vous restent difficiles à obtenir, les intermédiaires pourraient chercher d’autres moyens de monnayer leurs services.
Une précision est essentielle : cette réforme concerne uniquement l’accès aux rendez-vous. Elle ne modifie ni les conditions d’obtention du visa Schengen ni les critères d’examen des dossiers. Recevoir une notification ne signifie donc pas obtenir automatiquement un rendez-vous immédiat, encore moins décrocher le visa convoité.
Les autorités rappellent également que les rendez-vous et les formulaires sont gratuits. Les demandeurs sont invités à se méfier des promesses de visa garanti, des paiements exigés pour faciliter artificiellement la procédure et des documents falsifiés.

À Kinshasa, où le projet de voyage en Europe peut représenter un enjeu familial, professionnel, universitaire ou médical, la réforme est attendue sur un point précis : rendre l’accès au rendez-vous moins opaque et moins coûteux. La file d’attente automatisée ouvre une nouvelle voie. Mais pour convaincre, elle devra produire des résultats visibles et éviter que la difficulté d’obtenir une place ne continue d’alimenter les circuits parallèles.
La Belgique change les règles du jeu ; aux résultats de démontrer si les demandeurs en sortiront gagnants. Car la véritable réussite ne se mesurera pas au lancement d’une nouvelle plateforme, mais au jour où un Congolais pourra solliciter son rendez-vous sans payer un intermédiaire, sans courir derrière un créneau et sans craindre d’être devancé par un système opaque. Le rendez-vous Schengen doit rester une formalité gratuite, pas un luxe à 500 dollars.
Junior Kulele


