Il fut capitaine des Léopards, milieu infatigable en Premier League, soldat du jeu. Aujourd’hui, Youssouf Mulumbu troque les crampons pour la plume et signe Talo, son tout premier roman, publié par les Éditions Jets d’Encre. Un virage inattendu, presque déroutant, pour celui qui a longtemps porté haut les couleurs de la RDC avant de s’engager dans le développement social de son pays. Mais avec Talo, Mulumbu quitte le terrain rectangulaire pour un autre champ de bataille : le Kivu, ses profondeurs minières, ses fantômes et ses fractures.

Tout commence par une disparition. Puis deux. Deux enfants engloutis dans une mine du Kivu, « sans laisser de trace ni d’explication ». L’affaire, d’abord classée comme accident, s’effrite sous le poids « d’éléments troublants », jusqu’à révéler une trame plus obscure. C’est alors qu’entre en scène Akim, policier français dépêché sur place. Officiellement pour une mission d’observation. Officieusement pour comprendre ce que beaucoup taisent. Ce qu’on cache. Ce qu’on redoute.
Son enquête se heurte rapidement à un mur :
la corruption militaire, les silences forcés, les disparitions en chaîne, les récits contradictoires qui évoquent un « phénomène que nul ne peut expliquer » et que certains souhaitent manifestement étouffer. Le polar se teinte alors d’étrange, frôle le surnaturel sans jamais y plonger entièrement, laissant au lecteur le soin de décider où commence le réel… et où il s’effrite.
L’éditeur insiste : le roman explore les lignes de faille d’un Kivu contemporain, où s’entrecroisent conflits géopolitiques, trafics, migrations et fragilités humaines. Talo interroge les rapports de force, les discours officiels, les angles morts, et suit des personnages pris entre exil, loyautés, survie et quête de vérité. Comme une signature, une phrase d’accroche accompagne l’ouvrage :
« Disparitions, rumeurs et phénomènes inexpliqués : une enquête où les frontières du réel se troublent.»
Né en 1987 à Kinshasa, longtemps exilé dans les vestiaires du PSG, de West Bromwich Albion, Norwich ou Kilmarnock, Youssouf Mulumbu a parcouru les capitales du football avant d’investir son énergie dans l’agriculture, l’éducation et l’entrepreneuriat social en RDC. Son premier roman semble le prolongement naturel d’une vie faite de déplacements, d’observations, d’identités qui se croisent.
Loin d’un simple exercice littéraire, Talo devient un miroir où résonnent les fractures du Congo contemporain et, peut-être, celles de l’auteur lui-même.
L’éditeur dévoile un passage où un témoin raconte l’histoire d’un ami mort dans des circonstances suspectes : « Je pense que c’était une histoire de trafic d’immigrés (…) Mais le lendemain, il est sorti acheter une recharge téléphonique, et puis… la police est venue nous annoncer sa mort. » Quelques phrases suffisent à installer l’atmosphère :
dense, menaçante, presque suffocante.

Sur les réseaux sociaux, Mulumbu affirme être à la recherche d’un éditeur britannique pour une version anglaise de Talo, sollicitée par des lecteurs de West Bromwich, Norwich, Kilmarnock, Glasgow et Londres des villes où il a laissé une empreinte indélébile. Le football ouvre des portes. La littérature, désormais, aussi.
La rédaction de b-onetv.cd


