Une nouvelle séquence politique s’ouvre autour du débat sur l’avenir de la Constitution en République démocratique du Congo. Le bureau du Sénat a officiellement pris ses distances avec les propos tenus par son deuxième vice-président, Modeste Bahati Lukwebo, qui s’était publiquement opposé à toute initiative de révision constitutionnelle.
Dans un communiqué rendu public et lu par la rapporteure de la chambre haute, Nefertiti Ngundianza, le bureau du Sénat précise que les déclarations de Modeste Bahati Lukwebo « ont été faites à titre strictement personnel » et n’engagent en rien l’institution. Le texte insiste également sur le fait que le Sénat reste attaché aux « idéaux défendus par le président de la République », Félix Tshisekedi.
Cette mise au point intervient quelques jours après une conférence de presse au cours de laquelle Modeste Bahati Lukwebo avait exprimé sa réserve face aux débats émergents sur une éventuelle modification de la Constitution. « Le pays n’a pas un problème de textes, mais d’hommes », avait-il affirmé, estimant que les difficultés de gouvernance en RDC relèvent davantage de la volonté politique que du cadre juridique.
Ces propos ont rapidement suscité des réactions dans la classe politique, certains y voyant une critique implicite des discussions en cours dans la majorité présidentielle autour de l’adaptation du cadre constitutionnel, notamment dans le contexte des réformes institutionnelles évoquées depuis plusieurs mois.
La réaction du bureau du Sénat traduit la sensibilité du sujet. Dans le paysage politique congolais, la question de la révision constitutionnelle reste hautement symbolique, tant l’histoire récente du pays a été marquée par des controverses autour des modifications institutionnelles.
En réaffirmant son attachement aux « idéaux » du président Félix Tshisekedi, la chambre haute semble vouloir éviter toute interprétation d’un désalignement avec l’exécutif. Ce positionnement s’inscrit dans un contexte où la majorité présidentielle cherche à préserver sa cohésion face à un débat susceptible de fracturer les alliances politiques.
Dans les milieux politiques et académiques, les propos de Modeste Bahati Lukwebo ont néanmoins trouvé un certain écho. Plusieurs observateurs estiment que la réflexion sur les institutions congolaises doit d’abord porter sur l’application effective des textes existants avant d’envisager leur modification.
D’autres analystes considèrent au contraire que certaines dispositions constitutionnelles méritent d’être réexaminées à la lumière des défis actuels du pays, notamment en matière de gouvernance, de décentralisation ou d’efficacité institutionnelle.
La prise de distance officielle du Sénat ne met donc pas fin au débat, qui pourrait s’intensifier dans les prochains mois à mesure que les discussions sur les réformes institutionnelles progresseront.
Entre prudence institutionnelle, discipline politique et liberté d’expression des responsables publics, l’épisode révèle surtout les lignes de tension qui traversent la classe politique congolaise autour de la question constitutionnelle, un sujet qui, en RDC, dépasse largement le cadre juridique pour toucher aux équilibres du pouvoir et à l’avenir du système politique.
Junior Kulele


