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Dialogue national : Félix Tshisekedi fixe le cap

1 minute ago
in Politique
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Dialogue national : Félix Tshisekedi fixe le cap
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Le rendez-vous était attendu. Il aura finalement livré une feuille de route. Dans une adresse placée sous le signe de la mémoire, de la souveraineté et de la refondation, Félix Tshisekedi a officiellement donné le coup d’envoi d’un processus qu’il veut différent des précédents dialogues politiques organisés en République démocratique du Congo.

D’entrée de jeu, le président de la République a replacé la crise actuelle dans une histoire nationale faite de victoires, mais aussi de ruptures. Sécessions, affrontements politiques, ingérences étrangères, guerres, violences communautaires, affaiblissement de l’autorité de l’État et prédation : autant de blessures qui, selon lui, ont durablement fragilisé le pays.

Mais le diagnostic présidentiel contient surtout une autocritique du modèle politique congolais. « Nous avons trop souvent répondu aux crises par le partage du pouvoir plutôt que par la consolidation de l’État », a-t-il affirmé.

Rompre avec les dialogues de partage du pouvoir

C’est probablement l’un des messages centraux de cette allocution. Félix Tshisekedi veut prendre ses distances avec les formules de dialogue qui ont souvent débouché sur des arrangements entre responsables politiques. Selon lui, les précédentes initiatives ont davantage ressemblé à des négociations entre acteurs politiques qu’à de véritables consultations nationales. Le peuple, estime-t-il, a trop souvent été placé en position de spectateur, appelé ensuite à accepter des compromis auxquels il n’avait pas réellement participé.

Le nouveau processus se veut donc plus large. Majorité, opposition, élus, société civile, confessions religieuses, autorités coutumières, jeunes, milieux économiques, professionnels, universitaires et scientifiques sont appelés à prendre part aux consultations. Le pari est désormais de déplacer le centre de gravité du dialogue : de Kinshasa et des états-majors politiques vers les provinces et les réalités vécues par les Congolais.

26 provinces avant Kinshasa

Autre élément majeur annoncé par le chef de l’État : le dialogue ne commencera pas dans les salons politiques de la capitale. Les consultations débuteront dans les 26 provinces, avant la tenue des assises nationales à Kinshasa. Une méthode qui vise à donner au processus une dimension véritablement nationale et à faire remonter les préoccupations de la base vers le niveau national.

Cette architecture devra toutefois faire ses preuves. La question de la représentativité, des critères de sélection des participants et de la capacité à garantir une parole réellement pluraliste sera déterminante pour la crédibilité du processus.

Une main tendue, mais des lignes rouges

Le président de la République a parallèlement voulu clarifier ce que le dialogue ne sera pas. Pas question, selon lui, d’en faire une négociation avec « l’agresseur ou ses supplétifs ». Le processus politique interne ne remettra pas non plus en cause les résultats des élections de 2023. Les institutions continueront d’exercer leurs mandats jusqu’aux échéances constitutionnelles.

Cette position ferme constitue un message adressé aussi bien à l’opposition qu’aux acteurs impliqués dans les processus de paix de Washington et de Doha. Ces deux processus, a précisé Félix Tshisekedi, se poursuivront séparément du dialogue national. Autrement dit, le dialogue annoncé est présenté comme un cadre de réconciliation et de refondation entre Congolais, et non comme une nouvelle table de négociation sur la guerre dans l’Est.

Pas de réconciliation au prix de l’impunité

Autre ligne rouge présidentielle : la justice.
Félix Tshisekedi exclut toute amnistie générale couvrant les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité, les actes de génocide, les violences sexuelles graves et les autres crimes imprescriptibles. « Nous ne construirons pas la réconciliation sur l’oubli », a-t-il martelé. Une position qui cherche à concilier deux impératifs souvent difficiles à articuler dans les processus de sortie de crise : tourner la page politique sans effacer la responsabilité pénale des auteurs des crimes les plus graves.

Trois mois pour transformer le dialogue en décisions

Le calendrier annoncé se veut relativement court. Le processus ne devra pas dépasser trois mois. Dans les prochains jours, une première ordonnance présidentielle doit instituer le comité chargé de préparer les travaux. Son rapport préliminaire devra ensuite ouvrir la voie à une seconde ordonnance, destinée à convoquer officiellement les assises et à préciser leur représentation, leurs différentes étapes ainsi que les mécanismes de suivi.

C’est précisément sur ce dernier point que le discours présidentiel devra maintenant être confronté à la réalité. Car l’expérience congolaise montre que le véritable défi n’est pas seulement de réunir les acteurs autour d’une table. Il est de transformer les conclusions en décisions, les décisions en réformes et les réformes en résultats visibles. Félix Tshisekedi l’a d’ailleurs promis : les conclusions du dialogue devront déboucher sur des décisions et des réformes concrètes.

Le pari d’une refondation

Au fond, l’adresse présidentielle aura dessiné un dialogue à trois dimensions : paix, cohésion nationale et refondation de l’État.
Le chef de l’État reconnaît les faiblesses internes du pays sans, pour autant, relativiser l’agression extérieure. Il ouvre la porte à une large participation politique et sociale, tout en verrouillant certaines questions qu’il considère comme non négociables.

Reste désormais la question essentielle : les acteurs qui réclament depuis plusieurs mois un dialogue inclusif accepteront-ils ce cadre ?
Car entre l’ambition présidentielle et les exigences de l’opposition, entre la nécessité de préserver les institutions et la demande de réformes profondes, entre la recherche de paix et l’exigence de justice, l’équation demeure complexe.

Une phrase de Félix Tshisekedi pourrait finalement résumer l’esprit de cette nouvelle séquence : « Si la démocratie nous autorise à nous opposer, la patrie, elle, nous interdit de nous déchirer. » Le dialogue est désormais officiellement lancé. Son véritable test ne sera pas son ouverture, mais sa capacité à produire un compromis national suffisamment crédible pour sortir la RDC de ses crises sans reproduire les arrangements du passé.

Junior Kulele

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