C’est une adresse présidentielle qui intervient à un moment charnière. Félix Tshisekedi prendra la parole ce jeudi à partir de 20 heures, dans une intervention qui sera retransmise en direct sur la Radio-Télévision nationale congolaise (RTNC).Si le contenu exact de cette allocution n’a pas encore été dévoilé, l’attention se concentre déjà sur une question : le chef de l’État va-t-il enfin préciser les contours du dialogue national inclusif qu’il a annoncé le 17 juillet dernier ?
À Libreville, le 16 août, Félix Tshisekedi avait laissé entendre que sa prochaine adresse à la Nation servirait notamment à préciser sa vision de ce processus, présenté comme devant être « différent de tous les dialogues » déjà organisés en République démocratique du Congo.Un dialogue encore en quête de cadreDepuis son annonce, le projet nourrit de nombreux débats dans la classe politique et au sein de la société congolaise.
Le principe d’un dialogue semble susciter un intérêt réel, mais les divergences apparaissent dès qu’il s’agit de définir qui doit participer, autour de quoi discuter et selon quelles règles.Le lieu des assises, leur format, leur agenda, les critères de participation ainsi que les mécanismes de suivi constituent autant de questions auxquelles le pouvoir et les différentes composantes politiques et sociales attendent des réponses.
L’enjeu de l’adresse présidentielle pourrait donc être de transformer une intention politique en feuille de route plus concrète.L’opposition face à ses propres lignes rougesDans les rangs de l’opposition, l’idée d’un dialogue inclusif bénéficie d’un soutien de principe chez plusieurs acteurs. Mais cette ouverture reste conditionnée par des exigences précises.
La Coalition Article 64, qui fédère plusieurs forces de l’opposition, a notamment posé ses conditions à une éventuelle participation. Elle réclame notamment l’abandon du projet de révision constitutionnelle et souhaite voir le processus élargi à des acteurs politico-militaires, notamment l’AFC/M23, ainsi qu’à la plateforme politique Sauvons le Congo, associée à Joseph Kabila.
Des exigences qui complexifient davantage l’équation. Certains responsables de ces différentes composantes ont déjà exprimé des réserves, voire leur distance à l’égard d’un processus dont ils ne se considèrent pas nécessairement comme parties prenantes.
Dans un pays confronté à une crise sécuritaire persistante dans l’Est et à de profondes fractures politiques, le dialogue national est présenté par ses promoteurs comme un possible cadre de recherche de cohésion et de paix. Mais sa crédibilité dépendra moins de son annonce que de son degré d’inclusivité, de la transparence de ses règles et de la capacité des parties à accepter un compromis.
L’adresse de Félix Tshisekedi intervient donc à un moment où les attentes sont élevées. Le président devra non seulement convaincre sur la nécessité du dialogue, mais surtout préciser les conditions de sa mise en œuvre.À 20 heures, tous les regards seront tournés vers la Présidence.
Au-delà du discours, c’est la première esquisse concrète des futures assises que l’opinion attend. Dans une RDC à la croisée des chemins, le dialogue pourrait être une opportunité de décrispation. Encore faudra-t-il que chacun accepte de s’asseoir autour de la même table.
Emille Kayomba


