Le chiffre interpelle. Près d’un Congolais sur cinq ne saurait ni lire ni écrire, selon les données présentées par le gouvernement à l’occasion de la Journée mondiale de l’alphabétisation. Un phénomène qui reste étroitement lié aux conflits, aux déplacements de populations et aux crises qui fragilisent durablement l’accès à l’éducation. La République démocratique du Congo fait face à un important défi en matière d’alphabétisation.
Selon la ministre d’État chargée des Affaires sociales, Ève Bazaiba, environ 23 millions de Congolais sont concernés par l’analphabétisme, soit près de 20 % de la population. Cette situation a été évoquée le 8 septembre, à l’occasion de la Journée mondiale de l’alphabétisation, placée cette année sous le thème : « Alphabétisation pour le peuple, la planète et la prospérité ».
Pour le gouvernement, plusieurs facteurs expliquent cette situation. Les conflits armés, les déplacements forcés, les épidémies et les effets des changements climatiques continuent de perturber les parcours scolaires et de priver des milliers de personnes de possibilités d’apprentissage. Le problème ne concerne pas uniquement les adultes qui n’ont jamais appris à lire ou à écrire. Il se nourrit également des ruptures actuelles dans le système éducatif.
Les données du Cluster Éducation font état de 1 131 écoles toujours fermées, avec près de 492 000 enfants privés d’accès à l’école. Les provinces affectées par les conflits figurent parmi les plus touchées. Au Nord-Kivu, au Sud-Kivu, en Ituri, au Tanganyika, en Tshopo ou encore dans le Haut-Uélé, l’insécurité et les déplacements de populations continuent de compliquer la scolarisation.
À cela s’ajoutent les établissements détruits, occupés ou transformés temporairement en abris pour les populations déplacées. Pour le gouvernement, la réponse doit désormais aller au-delà de la scolarisation classique. Plusieurs pistes sont annoncées : renforcer les programmes de rattrapage scolaire et d’alphabétisation, produire davantage de supports pédagogiques, professionnaliser les éducateurs sociaux et développer les compétences professionnelles.
Mais une question demeure : avec quels moyens et selon quel calendrier ? Le chiffre de 23 millions, présenté comme l’ampleur nationale du phénomène, ne s’accompagne pas encore d’une ventilation détaillée permettant de connaître la situation par province, par sexe ou par tranche d’âge. Le budget consacré aux nouvelles actions annoncées n’a pas non plus été précisé.
Derrière les statistiques, l’enjeu est pourtant considérable. Savoir lire et écrire conditionne l’accès à l’emploi, aux services publics, à l’information, à la santé et à de nombreuses opportunités économiques. Pour la RDC, réduire l’analphabétisme ne représente donc pas seulement un défi éducatif. C’est aussi une question de développement, d’inclusion sociale et de lutte contre la pauvreté.
JK


