La rentrée scolaire 2026-2027 remet sur la table une question devenue particulièrement sensible dans l’Est de la République démocratique du Congo : quel avenir pour la gratuité de l’enseignement primaire public dans les territoires contrôlés par l’AFC/M23 ?Depuis son lancement en 2019, la gratuité de l’enseignement primaire public figure parmi les principales réformes du système éducatif congolais. Elle vise à permettre à chaque enfant d’accéder à l’école publique sans que les frais scolaires ne constituent une barrière.
Mais dans les zones aujourd’hui sous contrôle de l’AFC/M23, cette politique se retrouve confrontée à une nouvelle réalité administrative et politique. Plusieurs informations relayées par des médias font état de nouvelles modalités de gestion des établissements scolaires ainsi que de la perception de certains frais dans des zones contrôlées par le mouvement.
Radio Okapi rapporte notamment une volonté de l’AFC/M23 de centraliser certains aspects de la gestion administrative et financière des écoles. Le débat ne se limite donc plus à la question des frais scolaires. Il touche directement à la continuité du service public de l’éducation dans des territoires où l’autorité de l’État congolais est contestée.
Pour les familles déjà fragilisées par les conflits armés, les déplacements et la précarité économique, l’apparition de nouvelles charges liées à la scolarité pourrait devenir un obstacle supplémentaire à l’éducation des enfants. La gratuité, elle, ne peut cependant pas se résumer à une simple décision administrative. Sa pérennité dépend d’un ensemble de conditions : le financement des écoles, la rémunération régulière des enseignants, les infrastructures, la sécurité des établissements et le contrôle effectif du système éducatif.
Une question demeure alors : comment garantir à l’enfant de Goma, Rutshuru, Masisi ou Lubero les mêmes droits éducatifs qu’à celui de Kinshasa, Kisangani ou Lubumbashi ? L’éducation ne devrait pas devenir une victime supplémentaire des divisions territoriales. Derrière la question des frais scolaires se joue en réalité un enjeu beaucoup plus profond : le droit de chaque enfant congolais à accéder à une éducation de qualité, indépendamment de son lieu de naissance, de la situation sécuritaire de sa région ou des moyens financiers de sa famille.
La gratuité doit donc être préservée, mais surtout rendue durable. Cela passe par des actes concrets : financer correctement le système éducatif, sécuriser les écoles et garantir la continuité du service public de l’éducation sur l’ensemble du territoire national.Car, en temps de guerre comme en temps de paix, l’école reste l’un des rares chemins capables de préparer l’avenir.
Danny Ngubaa Yambushi


