La députée nationale Hermione Bolumbe Bakando a déposé une motion de défiance visant le ministre d’État en charge de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, Muhindo Nzangi Butondo. En toile de fond : des interrogations sur la gestion de 57 millions de dollars destinés à soutenir l’entrepreneuriat des jeunes dans l’agriculture.
Le contrôle parlementaire passe à une nouvelle étape. Après des échanges jugés insatisfaisants par son initiatrice, la question orale avec débat adressée à Muhindo Nzangi débouche sur une motion de défiance contre le ministre d’État. Au centre de cette initiative parlementaire : la gestion des fonds alloués au Projet d’entrepreneuriat des jeunes dans l’agriculture et l’agro-business (PEJAB), soutenu par la Banque africaine de développement (BAD).
L’initiative d’Hermione Bolumbe Bakando fait suite à la séance du mercredi 21 octobre, au cours de laquelle plusieurs préoccupations ont été soulevées sur l’exécution de ce programme. Les députés voulaient notamment connaître le nombre d’entreprises effectivement créées, celui des jeunes ayant bénéficié d’un financement ainsi que l’utilisation des ressources mobilisées pour le projet, dont l’échéance était fixée à décembre 2025.
Face aux élus nationaux, Muhindo Nzangi avait assuré que les fonds étaient disponibles et que les bénéficiaires présentaient progressivement leurs plans d’affaires en vue d’obtenir des financements. Le ministre avait également affirmé que plus d’un millier de jeunes avaient déjà bénéficié du programme. Ces explications n’ont toutefois pas convaincu l’initiatrice de la question orale, qui estime que des zones d’ombre persistent sur la gestion des ressources et les résultats concrets du PEJAB.
C’est dans ce contexte qu’elle a décidé de franchir une nouvelle étape en déposant une motion de défiance contre le membre du gouvernement. Doté d’un financement annoncé de 57 millions de dollars américains, correspondant à 40 millions d’unités de compte de la BAD selon les explications du ministre, le PEJAB ambitionne de faciliter l’accès des jeunes entrepreneurs aux financements et de stimuler les activités agricoles et agro-industrielles en République démocratique du Congo.
Mais entre les ressources annoncées et les résultats revendiqués, les parlementaires réclament davantage de visibilité. Combien de jeunes ont réellement été financés ? Quels projets ont été concrétisés ? Et quel bilan peut être présenté au regard de l’échéance initialement prévue ? Autant de questions qui placent désormais le ministre sous pression parlementaire. Il convient néanmoins de distinguer les accusations de présumé détournement des faits établis : le dépôt de la motion ne constitue pas, à lui seul, la preuve d’une malversation.
La suite de la procédure parlementaire déterminera les conséquences politiques de cette initiative. Pour Muhindo Nzangi, l’enjeu sera de répondre aux préoccupations des élus sur la traçabilité des fonds et les résultats du projet. Pour les députés, il s’agit de faire du contrôle parlementaire un véritable mécanisme de redevabilité dans la gestion des ressources publiques et des financements destinés à la jeunesse.
Elrick Elesse


