L’accord de paix signé à Washington entre la République Démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda continue de faire couler beaucoup d’encre. Après les réactions contrastées enregistrées au sein de la classe politique et de la société civile, c’est au tour du cardinal Fridolin Ambongo, archevêque métropolitain de Kinshasa, de livrer sa lecture du dossier.
Lors d’une conférence de presse tenue au Vatican, le prélat a exprimé de vives réserves quant à l’initiative américaine. S’il reconnaît la nécessité de trouver une issue durable à la crise sécuritaire dans l’est du Congo, il doute de l’efficacité d’une solution dictée par des intérêts extérieurs.
« Cet accord est une solution de façade. Il ne s’attaque pas aux vraies causes du conflit. Pire encore, il semble motivé par des intérêts économiques camouflés sous un discours de paix », a déclaré le cardinal.
Selon lui, la paix véritable en RDC ne peut être durable sans une approche centrée sur les Congolais eux-mêmes, prenant en compte les souffrances des communautés locales, souvent les premières victimes de l’instabilité. Dans une critique au ton à la fois grave et ironique, Fridolin Ambongo a fustigé ce qu’il perçoit comme une instrumentalisation des ressources naturelles congolaises :
« Alors que nos populations manquent d’eau potable, on parle de minéraux stratégiques comme source du conflit. Et voici la solution proposée : vous êtes en guerre à cause des minerais, alors moi, le puissant Trump, je vous réconcilie… et vous me les donnez. »
Le prélat fait ainsi écho à une inquiétude croissante au sein de l’opinion publique congolaise, qui voit dans cet accord un déséquilibre stratégique. Plusieurs analystes et figures de l’opposition dénoncent un texte qui garantirait aux États-Unis un accès privilégié aux minerais congolais, tandis que le Rwanda en assurerait la transformation. Une répartition des rôles que d’aucuns qualifient de « perte de souveraineté économique » pour la RDC.
Pour le cardinal Ambongo, seule une démarche africaine, inclusive et axée sur les véritables racines du conflit, notamment les enjeux fonciers, identitaires, et socio-économiques, permettra de construire une paix durable. « La paix ne se décrète pas à l’extérieur. Elle se bâtit avec et pour le peuple », a-t-il conclu.
Pour rappel, les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame sont attendus à Washington dans les prochaines semaines afin de finaliser le processus d’application de l’accord, sous la médiation des États-Unis.
Elrick Elesse


