Sous le soleil éclatant d’Accra, capitale du Ghana, une nouvelle page de la recherche scientifique africaine est en train de s’écrire. Du 16 au 18 juin 2026, vingt-six jeunes chercheurs venus de treize pays africains participent à un atelier de renforcement des capacités organisé par l’Académie Mondiale des Sciences (TWAS), dans le cadre du programme SG-NAPI (Seed Grant for New African Principal Investigators).

Photos credit : G.Ortolani/TWAS
Parmi eux figure Akwa Konadu Antwi-Agyakwa, docteure de l’Université de Victoria et chercheuse à l’Institut de Recherche sur le Cacao du Ghana. Après un parcours académique et professionnel qui l’a menée jusqu’au Kenya, la scientifique ghanéenne voit dans cette rencontre une opportunité unique d’élargir ses compétences et de renforcer son réseau de collaboration. Mais au-delà des parcours individuels, l’enjeu de cette initiative est beaucoup plus vaste : préparer une nouvelle génération de leaders scientifiques capables d’apporter des réponses africaines aux défis africains.
À l’ouverture des travaux, la présidente de la TWAS, Quarraisha Abdool Karim, a rappelé l’importance stratégique du développement des compétences scientifiques sur le continent. « Cet atelier témoigne de l’engagement de la TWAS à renforcer non seulement les chercheurs individuellement, mais aussi les systèmes qui soutiennent la science et l’éducation en Afrique », a-t-elle déclaré.

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Pour elle, les crises sanitaires actuelles, notamment la nouvelle épidémie d’Ebola qui frappe la République démocratique du Congo, illustrent l’urgence de disposer d’une recherche africaine forte, capable de développer localement des diagnostics, des traitements et des solutions adaptées aux réalités du continent.
Dans les salles de formation comme dans les couloirs de l’événement, les échanges sont intenses. Les bénéficiaires du programme SG-NAPI, venus du Bénin, du Botswana, du Cap-Vert, de l’Éthiopie, du Kenya, du Malawi, du Mali, de la Mauritanie, du Nigeria, du Rwanda, de la Tanzanie, de l’Ouganda et du Ghana, partagent une même ambition : faire progresser la science africaine grâce à la coopération et à l’innovation.

Photos credit : G.Ortolani/TWAS
Les différentes sessions portent notamment sur la recherche transdisciplinaire, la gestion des projets scientifiques, la mobilisation des financements et le leadership académique. Pour de nombreux participants, ces formations constituent également un moyen de rompre l’isolement qui freine souvent l’évolution des jeunes scientifiques africains.
« Je trouve cette initiative extrêmement positive. En tant que chercheurs, nous devons continuellement développer nos compétences pour évoluer et relever les défis auxquels nous sommes confrontés », souligne Akwa Konadu Antwi-Agyakwa.
Pour les femmes engagées dans la recherche, les obstacles sont parfois encore plus nombreux. Dans un environnement scientifique où les postes de direction restent majoritairement occupés par des hommes, la transition entre le statut de jeune chercheuse et celui de responsable de laboratoire représente un défi majeur. Cet atelier entend justement fournir aux participantes les outils nécessaires pour franchir cette étape décisive et accéder à des fonctions de leadership scientifique.
L’importance de cette dynamique collaborative apparaît avec encore plus d’évidence à l’heure où plusieurs pays africains sont confrontés à des défis sanitaires, alimentaires et environnementaux de grande ampleur. La recrudescence d’Ebola en RDC rappelle notamment combien le continent demeure dépendant de solutions développées ailleurs pour répondre à certaines urgences de santé publique. Pour les organisateurs, renforcer les capacités de recherche en Afrique revient donc à investir dans l’autonomie du continent.
L’atelier d’Accra pose ainsi les bases d’un réseau scientifique durable, capable de favoriser les échanges de connaissances, le partage d’expériences et la mise en œuvre de projets communs entre chercheurs africains. « Nous allons travailler ensemble, en tant qu’Africains et pour l’Afrique, afin de résoudre les problèmes de nos pays mais aussi de contribuer aux solutions mondiales », affirme avec conviction Akwa Konadu Antwi-Agyakwa.
Lancé en 2021 par la TWAS avec le soutien du ministère fédéral allemand de la Recherche, de la Technologie et du Spatial, le programme SG-NAPI s’est progressivement imposé comme un instrument majeur de soutien à la recherche africaine. En cinq appels à candidatures, le programme a déjà accordé 124 bourses à des chercheurs revenus travailler sur le continent après leur formation à l’étranger.
Destiné principalement aux pays accusant un retard technologique, ce mécanisme finance des projets dans des secteurs stratégiques tels que l’agriculture, la santé, l’environnement et les nouvelles technologies, avec des subventions pouvant atteindre 67 700 dollars américains par projet.
Au moment de quitter Accra, les vingt-six chercheurs repartiront avec bien plus qu’un certificat de participation. Ils emporteront avec eux un réseau continental, des compétences renforcées et une conviction commune : l’avenir de l’Afrique passera aussi par ses laboratoires, ses universités et ses centres de recherche.
Dieudonné Mubenga (Muamub)


