La récente prise de parole du président Félix Tshisekedi devant la diaspora congolaise à Houston (États‑Unis), après le match nul entre la sélection nationale et le Portugal, a déclenché une vive polémique en République démocratique du Congo. L’usage du mot « chien » par le chef de l’État a suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux et au sein de la classe politique, obligeant ses soutiens à clarifier le sens de ses déclarations.
Samedi 20 juin à Kinshasa, le Rassemblement des Compagnons d’Étienne Tshisekedi pour le Changement et le Progrès Social (RCET‑CPS) est intervenu publiquement pour défendre le président. Jean‑Pierre Lisanga Bonganga, coordonnateur de cette structure, a affirmé que les propos de Félix Tshisekedi avaient été sortis de leur contexte et qu’il s’agissait d’une figure de style — une métaphore — plutôt que d’une insulte dirigée contre quiconque.
Selon le RCET‑CPS, la lecture littérale du mot ne rend pas compte de l’intention du locuteur ni de la situation dans laquelle la remarque a été faite. Les responsables de l’organisation ont invité les médias et les commentateurs à opérer une interprétation contextualisée, rappelant que la langue politique recourt fréquemment à des images et formules populaires pour marquer les esprits et mobiliser un auditoire.
Pour étayer leur défense, les partisans de Félix Tshisekedi ont mis en parallèle une expression prononcée par l’ancien président Joseph Kabila — « le chien aboie, la caravane passe » — pointant que cette tournure, largement utilisée dans le discours politique congolais, a été jugée moins problématique que la phrase récente attribuée au chef de l’État. Le RCET‑CPS estime que la comparaison montre une part d’incohérence dans les critiques adressées à la présidence.
Sur les réseaux sociaux, la controverse reste vive. Les opposants ont dénoncé l’emploi d’un vocabulaire jugé dégradant et potentiellement stigmatisant, tandis que des commentateurs pro‑gouvernementaux appellent à la retenue et à une interprétation mesurée des propos. Le débat illustre, selon plusieurs analystes, la polarisation croissante du paysage politique congolais, où les enjeux symboliques prennent une importance accrue dans l’affrontement entre camps.
Cette affaire pose aussi la question des pratiques de communication présidentielle et de leur perception publique. Dans un contexte de forte circulation d’extraits audio et vidéo et d’interprétations rapides sur les plateformes numériques, les discours publics sont de plus en plus scrutés et disséqués. Pour les observateurs, une prudence accrue dans le choix des formulations et une meilleure contextualisation par les services de communication pourraient limiter les malentendus et les instrumentalisations partisanes.
Enfin, la réaction du RCET‑CPS montre combien les soutiens présidentiels sont prompts à mobiliser des éléments de langage pour désamorcer les crises de communication. Reste à voir si cette explication satisfera les critiques et apaisera le débat public. À court terme, la controverse devrait continuer d’alimenter les échanges politiques et médiatiques, en particulier tant que la question de la responsabilité et du ton du discours politique reste au cœur des préoccupations de l’opinion congolaise.
Danny Ngubaa Yambushi


