La démission surprise de Vital Kamerhe de la présidence de l’Assemblée nationale a rebattu les cartes au sommet de la vie institutionnelle congolaise. En quittant de lui-même la scène parlementaire, l’ancien speaker a désamorcé un vote de destitution quasi inévitable, tout en ouvrant une nouvelle bataille politique : qui pour occuper le deuxième poste de l’État ?
Le perchoir de l’Assemblée nationale est bien plus qu’un poste honorifique. C’est un fauteuil lourd de symboles et de calculs politiques avec ses pouvoirs d’arbitrage dans la vie parlementaire, il représente un levier stratégique pour influencer l’agenda législatif et le contrôle de l’action gouvernementale. Dans une Union sacrée traversée par des tensions internes, le choix du futur président sera autant une affaire de représentativité régionale que de cohésion politique.
Déjà, plusieurs options s’affrontent en coulisses. Les pistes envisagées :
Maintenir l’ancrage à l’Est : Certains plaident pour que la succession reste dans l’Est, afin de ménager une région meurtrie par la guerre et où l’État peine à restaurer son autorité. Les noms d’Aimé Boji, ministre de l’Industrie, et de Julien Paluku, ministre du Commerce extérieur, reviennent avec insistance. Mais retirer un ministre-clé en pleine préparation budgétaire poserait de réels problèmes au gouvernement.
Crispin Mbindule, le trublion de Butembo : Auteur de la pétition contre Kamerhe, Crispin Mbindule (UDPS, ex-UNC) apparaît comme un prétendant logique. Mais ses détracteurs doutent de son envergure institutionnelle et de sa capacité à tenir une majorité souvent éclatée.
L’option UDPS : Le parti présidentiel pourrait profiter de cette vacance pour reprendre la main. Confier le perchoir à un cadre de l’UDPS permettrait de renforcer son contrôle sur l’appareil législatif et de compenser son déficit de leadership interne depuis la disparition d’un secrétaire général fort.
L’option du Grand Équateur : un équilibre inédit ? : De plus en plus de voix s’élèvent pour réclamer une ouverture vers l’Équateur, grande région jusque-là marginalisée dans la distribution des postes de souveraineté. Un président issu de cette aire géopolitique comme Jean-Pierre Lihau, actuel vice-Premier ministre en charge de la Fonction publique, ou un autre cadre consensuel offrirait un signal fort d’inclusion nationale et rééquilibrerait la représentation régionale au sein des institutions.
L’option UNC : Conserver le fauteuil, l’UNC, deuxième force de la majorité, refuse de se laisser écarter. Par la voix de Jean Baudoin Mayo, le parti estime que le poste doit revenir « logiquement » à son regroupement. Une revendication légitime, mais qui pourrait se heurter aux ambitions de l’UDPS et à l’arbitrage final du président Tshisekedi.
L’option surprise : Enfin, des tractations discrètes évoquent la possibilité d’un compromis autour d’une personnalité neutre, moins clivante, capable de préserver la fragile cohésion de l’Union sacrée.
C’est une bataille sous pression du temps. Au-delà des calculs politiques, le temps presse. La session budgétaire bat son plein et la loi de finances 2025 doit être examinée sans délai. Plus la vacance du poste se prolonge, plus l’Assemblée risque de bloquer un exercice crucial pour la stabilité économique du pays.
La succession de Vital Kamerhe est un enjeu de maturité politique, elle ne sera pas seulement une lutte de positionnements, mais aussi un test pour la capacité de la majorité présidentielle à gérer ses équilibres internes. Derrière ce fauteuil se joue l’avenir de l’Union sacrée et, en filigrane, la stratégie de Félix Tshisekedi pour préserver ses alliances en vue de l’échéance de 2028.
Junior Kulele


