Le processus électoral visant à pourvoir les deux postes vacants au bureau de l’Assemblée nationale entre dans sa phase décisive. Le bureau de la Chambre basse a publié la liste définitive des candidats retenus pour les postes de président (réservé à la majorité parlementaire) et de rapporteur adjoint (attribué à l’opposition). Mais derrière cette annonce, une vive contestation politique et juridique s’installe, menaçant de retarder le scrutin prévu avant la fin du mois.
Selon le communiqué officiel lu par Jacques Djoli, rapporteur du bureau de l’Assemblée nationale, la Commission technique mise en place a examiné les dossiers déposés par les candidats issus de la majorité, de l’opposition et des députés non-inscrits, conformément aux décisions n°001/CAB/P/AN/IJCTM/2025 et n°002/CAB/P/AN/IJCTM/2025 du 4 novembre 2025.
Au terme de cet examen, deux noms ont été validés : Boji Sangara Aimé, député de Walungu (Sud-Kivu), désigné candidat unique de la majorité à la présidence de l’Assemblée nationale ; Clotilde Mutita Kalunga, députée de Lubumbashi (Haut-Katanga), candidate au poste de rapporteur adjoint, réservé à l’opposition. Cette publication, selon le bureau, s’inscrit dans le respect des articles 26 et 27 du Règlement intérieur, et ouvre la voie à la séance plénière d’élection et d’installation du nouveau bureau.
Mais cette annonce ne fait pas l’unanimité. Plusieurs élus de l’opposition dénoncent une « violation du droit parlementaire » et une manipulation du processus par le président de l’Assemblée nationale. Le député Gratien Iracan (Ituri), l’un des candidats recalés, s’est exprimé sur X (ancien Twitter) : « Une commission technique non réglementaire s’est arrogé le pouvoir d’écarter des candidatures sans base légale. C’est une dérive grave et une atteinte à la liberté du mandat parlementaire. »
Selon lui, la commission aurait procédé à un vote interne pour ne retenir qu’un seul nom, en violation de l’article 28 du Règlement intérieur et de la décision du Bureau du 4 novembre. L’élu rappelle également que l’opposition n’est pas encore formellement structurée sans règlement intérieur ni porte-parole, ce qui rendrait toute décision prise en son nom juridiquement contestable.
Estimant que ses droits ont été bafoués, Gratien Iracan a annoncé son intention de saisir le Conseil d’État pour : L’annulation de la décision du bureau pour excès de pouvoir ; La suspension en urgence de la procédure électorale (référé-suspension) ; Le rétablissement de son droit à participer au scrutin. L’affaire pourrait ainsi prendre une tournure judiciaire, retardant le calendrier de l’élection prévu avant la clôture de la session parlementaire de décembre.
Les deux postes devenus vacants celui de Vital Kamerhe, ex-président de l’Assemblée nationale, et de Dominique Munongo, ex-rapporteur adjoint avaient été fragilisés par des pétitions de destitution déposées en octobre 2025. Les deux figures avaient préféré démissionner avant la mise en accusation formelle. Le remplacement de ces deux personnalités intervient dans un climat politique déjà tendu, marqué par les luttes internes au sein de l’Union sacrée de la Nation (USN) et la recomposition du paysage parlementaire à l’approche des grandes réformes institutionnelles promises par le gouvernement Suminwa.
L’élection de Boji Sangara Aimé, déjà ministre du Budget sous Sama Lukonde, serait perçue comme un renforcement de l’aile technocratique de la majorité présidentielle et un geste de confiance du président Félix Tshisekedi envers un allié fidèle. Du côté de l’opposition, la désignation controversée de Clotilde Mutita Kalunga révèle les fractures internes entre les blocs du FCC, d’Ensemble et du MLC, incapables de parler d’une seule voix.
Alors que la plénière d’élection est annoncée dans les prochains jours, plusieurs députés annoncent déjà un boycott possible si la procédure n’est pas suspendue.
Entre les revendications juridiques, les enjeux politiques et la pression du calendrier, le bureau de l’Assemblée nationale devra arbitrer avec prudence pour éviter une nouvelle crise institutionnelle.
Ce scrutin, au-delà de la simple élection de deux membres du bureau, apparaît désormais comme un test politique pour la stabilité de la majorité présidentielle et la crédibilité de l’institution parlementaire.
Junior Kulele


