Le silence s’est abattu, lourd et solennel, ce mercredi 18 mars à Kinshasa. À 81 ans, Catherine Nzuzi Wa Mbombo a quitté la scène des vivants, refermant avec elle un chapitre entier de l’histoire politique congolaise. Une disparition qui résonne avec une symbolique particulière : celle d’une femme de pouvoir qui s’éteint en plein mois dédié à la célébration des droits des femmes.

Elle n’était pas simplement une actrice politique. Elle était une époque. Une pionnière dans un monde d’hommes. À une ère où l’on parlait encore timidement de « condition féminine », Catherine Nzuzi Wa Mbombo avait déjà conquis les sphères du pouvoir. Elle a incarné, bien avant l’heure, la possibilité pour les femmes d’accéder aux fonctions régaliennes, là où les portes étaient encore solidement verrouillées.
Son parcours, long de plus de cinq décennies, est celui d’une ascension bâtie sur la rigueur, la loyauté et une détermination sans faille. Au cœur du système Mobutu. Son nom reste indissociable du Mouvement Populaire de la Révolution (MPR), matrice politique du Zaïre de Mobutu Sese Seko. Vice-présidente de ce parti au sommet de sa puissance, elle faisait partie du cercle restreint où se décidaient les grandes orientations du pays.
Dans un appareil politique dominé par une élite masculine aguerrie, elle s’est imposée sans bruit, mais avec autorité. Gouverneure du Bas-Zaïre aujourd’hui Kongo Central, membre du gouvernement, bourgmestre de la Gombe, elle a occupé des postes stratégiques, y imprimant sa marque avec constance.

Après la chute du régime, beaucoup ont tourné la page. Elle, non. Catherine Nzuzi Wa Mbombo est restée l’une des dernières figures à défendre, sans détour, l’héritage du mobutisme. Aux côtés du professeur Vundwawe Te Pemako dans les recompositions du MPR, elle s’est érigée en gardienne d’une mémoire politique que d’autres préféraient oublier. Sa fidélité au maréchal Mobutu Sese Seko n’a jamais vacillé. Une constance rare dans un paysage politique souvent marqué par les recompositions opportunistes.
Femme de pouvoir, elle fut aussi femme de parole. À travers les médias, elle n’a cessé de défendre sa vision, son histoire, son camp. Ses dernières prises de position, souvent passionnées, résonnent aujourd’hui comme le chant du cygne d’une génération politique en voie d’extinction. Car oui, avec elle disparaît l’un des derniers « dinosaures » d’un système qui aura façonné, pour le meilleur et pour le pire, l’histoire contemporaine du Congo.

Dans une scène politique où la loyauté se négocie et se redéfinit au gré des intérêts, Catherine Nzuzi Wa Mbombo laisse une leçon brutale : celle de la fidélité à une ligne, à une vision, à un homme. Dame de fer, elle l’a été sans conteste. Par son endurance, sa constance et sa capacité à traverser les tempêtes sans renier ses convictions. Elle s’en va, mais derrière elle demeure une trace celle d’une femme qui, envers et contre tout, aura occupé sa place dans l’histoire. Une place que le temps, désormais, se chargera de juger.
JK/Elrick Elesse


