La réforme du transport routier à Kinshasa est loin de faire l’unanimité. Alors que les autorités provinciales s’apprêtent à renforcer le contrôle des véhicules et les exigences imposées aux opérateurs du secteur, plusieurs organisations de chauffeurs montent au créneau. Réunis au sein de l’AACP-RDC, qui regroupe notamment Mopila ASBL et la MSCC, les représentants des transporteurs demandent la suspension de la réforme portée par le ministre provincial en charge du Transport, Jésus-Noël Sheke.
Au cœur de leur contestation : la méthode utilisée pour mettre en œuvre les nouvelles mesures. Les chauffeurs dénoncent une réforme qu’ils jugent « décidée sans concertation préalable » et estiment que les acteurs directement concernés auraient dû être associés au processus.
Des questions sur la carte professionnelle et la nouvelle plaque
Les organisations de chauffeurs veulent notamment obtenir des explications sur la base légale de la carte professionnelle provinciale, présentée comme obligatoire pour les acteurs du transport. Elles s’interrogent également sur la nouvelle plaque commerciale d’exploitation du transport. Plusieurs questions restent, selon elles, sans réponse : quel est exactement le rôle de la société privée impliquée dans le dispositif ? Quel sera le coût de cette plaque ? Et surtout, à qui seront destinées les recettes générées par cette opération ?
Pour ces organisations, la question n’est donc pas uniquement administrative. Elle touche également à la transparence, à la légalité et à la gestion des ressources issues du secteur du transport.
Le rappel des faits
Cette contestation intervient alors que la Régie des fourrières et de contrôle technique des véhicules de Kinshasa (RFCK) a accordé un délai supplémentaire aux propriétaires de véhicules pour effectuer volontairement leur contrôle technique. Initialement engagée dans une phase de mise en conformité, l’opération doit connaître un tournant à partir du 31 août 2026. La RFCK annonce à cette date un « bouclage systématique et généralisé » à travers la capitale.
Les automobilistes et motocyclistes concernés sont donc invités à se mettre en ordre avant le 30 août. La RFCK rappelle également le caractère obligatoire du contrôle technique et recommande aux usagers de ne pas attendre le dernier jour. À ces exigences s’ajoutent la nouvelle plaque commerciale d’exploitation du transport et la carte professionnelle obligatoire, deux mesures qui cristallisent particulièrement les critiques des organisations de chauffeurs.
Le report du bouclage jusqu’au 31 août est intervenu sur instruction du gouverneur de Kinshasa, Daniel Bumba Lubaki, notamment à la suite des demandes formulées par des associations de chauffeurs et de motocyclistes.
Les chauffeurs sollicitent Félix Tshisekedi
Face à ce qu’ils considèrent comme un déficit de concertation, les organisations réunies au sein de l’AACP-RDC demandent désormais l’intervention du président de la République, Félix Tshisekedi. Leur souhait : qu’un dialogue soit organisé entre les autorités provinciales et les représentants du secteur avant l’application de mesures coercitives.
Les chauffeurs préviennent par ailleurs qu’ils n’excluent pas de recourir à des actions citoyennes pacifiques dans les prochains jours si leurs revendications ne sont pas prises en compte. Le bras de fer se dessine donc autour d’une question centrale : comment réformer et assainir le transport à Kinshasa sans donner le sentiment aux principaux acteurs du secteur d’être mis devant le fait accompli ?
À quelques jours du bouclage annoncé, autorités provinciales et organisations de transporteurs se retrouvent ainsi face à l’urgence de clarifier les règles, les coûts et le cadre juridique de la réforme pour éviter que l’opération de contrôle technique ne se transforme en nouveau foyer de tensions dans la capitale.
La rédaction de b-onetv.cd


