Lors de son intervention à la COP30, à Belém do Pará, au Brésil, le président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi, a exprimé un soutien ferme à l’initiative du Vanuatu, de Fidji et de Samoa visant à faire reconnaître l’écocide — la destruction massive et délibérée de l’environnement — comme un crime international autonome.
Ce plaidoyer, soutenu par plusieurs États insulaires du Pacifique, ambitionne d’inscrire dans le droit international la criminalisation des atteintes graves, étendues et durables à la nature, ouvrant la voie à des poursuites judiciaires contre les individus ou entités responsables. Félix Tshisekedi a justifié ce positionnement par le contexte dramatique que traverse son pays dans l’Est, où les activités armées du mouvement rebelle M23/AFC, soutenu par le Rwanda, provoquent non seulement des pertes humaines mais aussi une destruction environnementale à grande échelle, notamment dans le parc national des Virunga.
« L’agression que subit mon pays est aussi une guerre écologique en ce qu’elle détruit nos forêts, nos aires protégées, nos parcs. Détruire délibérément une forêt primaire ou une tourbière millénaire, c’est compromettre l’avenir de l’humanité », a affirmé le président congolais. Le chef de l’État a ainsi établi un lien direct entre sécurité, souveraineté et écologie, rappelant que la préservation de l’environnement en temps de conflit relève aussi de la responsabilité internationale.
Dans la deuxième partie de son discours, Félix Tshisekedi a mis en avant les réformes institutionnelles engagées par la RDC pour renforcer la gouvernance climatique et garantir la transparence du marché du carbone, secteur stratégique pour le pays. « Nous avons créé une autorité de régulation pour assurer la crédibilité du marché du carbone. Dans cette perspective, je salue l’initiative brésilienne Tropical Forests Forever Facility, à laquelle mon pays est prêt à s’associer », a-t-il indiqué.
Cette ouverture traduit la volonté de Kinshasa de s’intégrer davantage aux mécanismes internationaux de financement climatique, tout en valorisant ses ressources forestières et énergétiques au service du développement durable. Le président Tshisekedi a également réaffirmé l’ambition du pays de se positionner comme un acteur clé de la transition énergétique africaine. Avec plus de 44 000 mégawatts de potentiel hydroélectrique sur le seul site du Grand Inga, la RDC dispose d’un atout majeur pour alimenter son économie et contribuer à l’électrification verte du continent.
Il a cité les efforts de l’Agence nationale d’électrification et des services énergétiques (ANSER) dans le déploiement de mini-réseaux solaires et du Fonds Mwinda, qui finance l’accès à l’électricité en milieux rural et périurbain. L’initiative soutenue par la RDC et les États insulaires marque une étape décisive dans la lutte mondiale contre les crimes environnementaux. Le Vanuatu, Fidji et Samoa ont officiellement soumis à la Cour pénale internationale (CPI) une proposition visant à ériger l’écocide au même rang que les crimes contre l’humanité, les crimes de guerre et le génocide.
Selon les experts présents à la COP30, cette démarche pourrait, à terme, renforcer la responsabilité juridique des États et des entreprises face à la destruction de l’environnement — notamment dans les zones de conflit. Les travaux de la 30ᵉ Conférence des Parties (COP30) s’inscrivent dans la continuité des engagements de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Chaque année depuis 1995, les États membres se réunissent pour évaluer les progrès réalisés dans la lutte contre le réchauffement climatique et l’application de l’Accord de Paris.
Cette édition, organisée en Amazonie, met particulièrement en avant la protection des forêts tropicales, le financement climatique et la responsabilité du secteur privé dans la mise en œuvre de l’Agenda 2030. En soutenant l’initiative pour la reconnaissance de l’écocide, la RDC renforce son image d’État éco-souverain, à la fois victime et acteur engagé dans la gouvernance climatique mondiale. Le message de Félix Tshisekedi à Belém résonne ainsi comme un appel à la justice environnementale : défendre la nature, c’est aussi défendre la paix et la dignité humaine.
Junior Kulele


