Depuis plusieurs jours, un même sentiment traverse les rues de Kinshasa, les réseaux sociaux, les bureaux, les marchés et les foyers congolais. Un mélange étrange d’excitation, d’inquiétude et d’espérance. L’excitation de voir enfin la République démocratique du Congo retrouver la Coupe du monde après cinquante-deux longues années d’absence. L’inquiétude de devoir débuter face à l’un des géants du football mondial. Et l’espérance, toujours présente chez les amoureux des Léopards, de voir cette équipe réaliser l’impossible.
Car ce mercredi 17 juin à 18 heures, heure de Kinshasa, le Congo n’affrontera pas seulement le Portugal. Il affrontera aussi les doutes, les statistiques et les pronostics. En face se dressera une nation habituée aux sommets. Cinquième au classement FIFA, double championne d’Europe des nations, portée par l’aura planétaire de Cristiano Ronaldo, la sélection portugaise débarque dans cette Coupe du monde avec le statut de prétendant sérieux au sacre final.
Le Portugal, c’est une machine construite autour de la possession, de la maîtrise technique et d’une culture de la victoire forgée au plus haut niveau européen. Pour beaucoup d’observateurs, l’affiche semble déséquilibrée. Mais les Coupes du monde ont toujours eu cette capacité unique à renverser les certitudes. Réduire la RDC à son rang au classement mondial serait une erreur. Les Léopards arrivent avec des arguments solides.
Cette sélection regorge de joueurs habitués aux exigences du très haut niveau européen. Axel Tuanzebe, Aaron Wan-Bissaka, Arthur Masuaku, Yoane Wissa, Noah Sadiki ou encore le capitaine Chancel Mbemba ont tous fréquenté ou fréquentent les plus grands championnats du continent européen. Et surtout, cette équipe possède ce qui manque parfois aux grandes nations : la faim. La faim de marquer l’histoire. La faim de représenter tout un peuple. La faim de prouver qu’elle mérite sa place parmi les meilleures nations de la planète.
Sur le terrain, le scénario paraît déjà écrit. Le Portugal voudra le ballon. Le Portugal imposera son rythme. Le Portugal cherchera à étouffer son adversaire par des vagues offensives répétées. Mais cette domination annoncée pourrait également devenir sa principale faiblesse. Car plus les Portugais avanceront, plus ils laisseront des espaces derrière eux.
Et c’est précisément là que les Léopards devront frapper. La vitesse de transition, l’intensité des contre-attaques et l’efficacité devant le but pourraient devenir les armes les plus redoutables des hommes de Sébastien Desabre. L’objectif sera simple : résister, rester discipliné et profiter de chaque opportunité. Dans un match de Coupe du monde, une seule occasion peut suffire à changer le destin d’une nation.
À la veille de cette rencontre historique, les leaders du vestiaire ont affiché une confiance assumée. Après quatorze années passées sous les couleurs nationales, Chancel Mbemba s’apprête enfin à vivre son rêve mondialiste. Le capitaine des Léopards a lancé un message empreint de détermination : « Nous avons la possibilité de nous battre pour rassembler notre nation autour de nous. Nous croyons en nous, et aucune nation présente ici n’est là par hasard. »
Même ton chez Axel Tuanzebe, convaincu que le Congo peut surprendre la planète football. « Je pense vraiment que nous allons créer la surprise. Beaucoup d’équipes adverses ne sont pas suffisamment conscientes de ce que nous pouvons apporter en termes d’énergie, de style de jeu et de cohésion. » Et lorsque Yoane Wissa affirme que les Léopards vont regarder les Portugais « droit dans les yeux », c’est tout un état d’esprit qui se dessine. Celui d’une équipe qui refuse d’être un simple figurant.
Plus qu’un match, un rendez-vous avec l’histoire. Le Congo a déjà gagné une première bataille dans cette Coupe du monde. Par son élégance, sa culture, sa ferveur populaire et l’image positive qu’il renvoie à travers ses supporters, le pays a déjà marqué les esprits. Mais désormais, l’heure est venue de parler football. Le vrai. Celui qui se joue sur la pelouse. Celui qui transforme des inconnus en héros. Celui qui fait naître des souvenirs éternels.
Pendant quatre-vingt-dix minutes, les Léopards auront l’occasion d’écrire une nouvelle page de leur histoire. Une page qui pourrait commencer par un exploit. Une page que tout un peuple attend depuis cinquante-deux ans. Face à Ronaldo et au Portugal, le défi est immense. Mais dans le football, les montagnes existent aussi pour être gravies.
Junior Kulele


