Celui qui a bâti sa réputation en poursuivant les auteurs présumés des crimes les plus graves se retrouve aujourd’hui au centre d’une affaire qui menace sa propre carrière. Suspendu de ses fonctions, le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Karim Khan, voit son avenir suspendu à la décision des États membres de l’institution.
Cette mesure fait suite aux conclusions d’une enquête du Bureau des services de contrôle interne des Nations unies (BSCI), qui évoque des accusations de comportements sexuels non consentis et de représailles présumées à l’encontre d’une collaboratrice. Les faits dénoncés se seraient déroulés dans plusieurs contextes, notamment dans son bureau, à son domicile et lors de missions professionnelles à l’étranger.
En poste depuis 2021, Karim Khan rejette catégoriquement ces accusations. Par l’intermédiaire de ses avocats, il affirme n’avoir commis aucun acte répréhensible et considère que la procédure engagée contre lui est dépourvue de fondements solides. À ce stade, cette suspension ne constitue pas une révocation définitive. Le dernier mot reviendra aux 125 États parties au Statut de Rome, appelés à se prononcer sur son maintien ou son éventuelle destitution.
Cette affaire intervient alors que Karim Khan était engagé dans plusieurs dossiers particulièrement sensibles sur la scène internationale, notamment après avoir sollicité des mandats d’arrêt visant des dirigeants israéliens et du Hamas. Un contexte qui alimente de nombreuses spéculations, même si aucun élément officiel n’établit un lien entre ces procédures et les accusations dont il fait aujourd’hui l’objet.
Pour la République démocratique du Congo, cette actualité revêt une résonance particulière. La CPI entretient une relation étroite avec l’histoire des conflits congolais et a jugé plusieurs figures impliquées dans les violences armées ayant secoué le pays. Parmi les affaires les plus marquantes figurent celles de Thomas Lubanga Dyilo, Germain Katanga, Bosco Ntaganda, Mathieu Ngudjolo Chui ou encore Callixte Mbarushimana, tandis que Sylvestre Mudacumura est décédé avant de comparaître devant la Cour.
La RDC a également contribué au fonctionnement de cette juridiction internationale à travers le magistrat congolais Antoine Kesia-Mbe Mindua, qui a siégé comme juge permanent de 2015 à 2024 et occupé les fonctions de deuxième vice-président de la Cour.
Alors que la procédure suit son cours, une question demeure : l’homme chargé de poursuivre les auteurs présumés des crimes internationaux pourra-t-il conserver la confiance des États membres, ou cette affaire marquera-t-elle un tournant majeur dans l’histoire récente de la Cour pénale internationale ?
Elrick Elesse


