Huit jours après le crash survenu le 17 novembre 2025 à Kolwezi, les enquêteurs du Bureau permanent d’enquêtes d’accidents et incidents d’aviation (BPEA) ont entamé la première phase de l’enquête : la collecte des données. Mais derrière cette avancée officielle se cache une réalité préoccupante : le processus reste fortement limité par un manque criant de moyens financiers, techniques et logistiques.

Les enquêteurs du BPEA ont commencé : la collecte d’informations sur le site du crash, la récupération de documents auprès des administrations concernées et l’audition des témoins et passagers ayant effectué le vol. « Les enquêtes sont pour l’instant au niveau de la collecte des données conformément aux procédures internationales », indique le rapport interne.
Cette étape préliminaire respecte les normes de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI). Pourtant, elle révèle déjà les premières limites d’un bureau laissé à l’abandon depuis plus d’une décennie. Si les premières observations ont été effectuées, les éléments essentiels de l’enquête restent inexploitables. Le Cockpit Voice Recorder (CVR) et le Flight Data Recorder (FDR), les deux boîtes noires indispensables pour déterminer les causes exactes du crash n’ont toujours pas été transférés dans un laboratoire spécialisé.

Sans analyse de ces enregistreurs, impossible d’établir une chronologie fiable des événements, encore moins d’identifier les erreurs humaines, défaillances mécaniques ou conditions extérieures ayant conduit à l’accident. Conformément à l’Annexe 13, paragraphe 5.18 de l’OACI, le BPEA doit associer plusieurs États dans l’enquête : l’État d’immatriculation, l’État d’exploitation, l’État de conception et l’État de construction de l’appareil. Mais en pratique, cette coopération internationale demeure quasi impossible, faute de moyens financiers pour solliciter ou accueillir les experts étrangers.
À côté de ce drame, il y’a une réalité alarmante : Depuis 13 ans, le BPEA ne reçoit aucune subvention du gouvernement congolais. Pourtant, les conclusions du Programme universel d’audit de supervision de la sécurité (USOAP) de l’OACI, lors de la mission de validation coordonnée de 2023, insistaient sur l’urgence de garantir l’indépendance financière et opérationnelle du Bureau.

Un décret récent, le n°23/03 du 20 février 2023, confirmait cette obligation. Mais dans les faits, le BPEA reste sans frais de fonctionnement, sans redevances, et dépend quasi exclusivement de la débrouille de ses enquêteurs. « À ce stade, la structure est vraiment bloquée… pourtant elle est essentielle pour la sécurité aérienne nationale », conclut le rapport.
Alors que les familles des victimes attendent des réponses, l’enquête avance au ralenti. Ce crash met en lumière les fragilités structurelles de la sécurité aérienne en RDC et relance le débat sur la nécessité urgente de financer et d’autonomiser le BPEA.
La rédaction de b-onetv.cd


