Depuis plusieurs jours, le débat autour du dialogue national s’intensifie. Les discussions portent sur les futurs participants, le format des assises, le lieu de leur tenue ou encore le calendrier. La classe politique se divise sur la méthode avant même de s’accorder sur le fond. Pourtant, une interrogation fondamentale reste largement absente du débat public : quelle doit être la mission principale de ce dialogue ?
Car un dialogue sans objectif clair risque de devenir un simple exercice politique, une succession de discours sans impact réel sur la vie des Congolais. Le véritable enjeu n’est donc pas de savoir qui sera autour de la table, mais ce que cette table devra produire. Si le dialogue devait poursuivre un seul objectif, celui-ci devrait être de refonder le consensus national autour de la paix, de la stabilité institutionnelle et de la cohésion nationale.
La RDC traverse une période où plusieurs crises se superposent. À l’Est, la guerre continue de déchirer des communautés entières. Sur le plan politique, les tensions entre pouvoir et opposition alimentent une méfiance permanente. L’économie subit les conséquences de l’insécurité, tandis que les attentes sociales demeurent immenses. Dans ce contexte, le pays a davantage besoin d’un nouveau pacte national que d’un simple compromis politique.
Un dialogue réussi ne devrait pas servir à redistribuer des postes, prolonger des mandats ou régler des rivalités personnelles. Il devrait plutôt établir des engagements précis sur quelques priorités : la sécurité du territoire, le respect de la Constitution, la crédibilité des processus électoraux, la gouvernance, la réconciliation nationale et l’amélioration des conditions de vie des populations.
L’expérience congolaise montre que plusieurs dialogues ont permis d’apaiser temporairement les tensions, sans toujours résoudre les causes profondes des crises. Les accords ont parfois été signés, mais rarement appliqués dans leur intégralité. C’est pourquoi la réussite d’un nouveau dialogue dépendra moins de la qualité des discours que de la capacité des acteurs à respecter les engagements pris.
La véritable mesure du succès ne sera donc pas le nombre de participants ni la durée des travaux, mais l’existence d’une feuille de route claire, assortie d’un mécanisme crédible de suivi et d’évaluation. En définitive, le débat actuel gagnerait à changer de perspective. Avant de discuter des invitations, des quotas ou de la présidence des assises, il faudrait répondre collectivement à une question simple : que voulons-nous obtenir pour la République ?
Car lorsqu’un peuple s’accorde sur un objectif commun, le format du dialogue devient un moyen. Lorsqu’il ne s’accorde que sur le format, le dialogue risque de devenir une fin en soi. C’est peut-être là le véritable défi de ce dialogue annoncé : non pas réunir les acteurs politiques, mais reconstruire une vision commune de l’avenir de la République démocratique du Congo.
Junior Kulele


