Le marché des changes congolais connaît depuis fin septembre un mouvement inédit : le franc congolais s’est nettement apprécié face au dollar américain. Une évolution saluée par les autorités financières, mais dont les retombées tardent à se faire sentir dans le quotidien des ménages.

En une semaine, la devise nationale est passée de 2 950 FC pour un dollar à 2 550 FC, voire 2 500 FC dans certaines communes de Kinshasa, alors que le taux moyen en centre-ville tourne autour de 2 600 FC. Cette embellie, selon la Banque Centrale du Congo (BCC), découle d’une intervention ciblée sur le marché monétaire. Le 18 août dernier, la BCC avait injecté 50 millions USD pour absorber l’excès de liquidités et freiner la spéculation.
« L’appréciation de la monnaie nationale est le fruit d’une politique monétaire rigoureuse. Nous avons agi sur les causes structurelles de la dépréciation en réduisant la surliquidité bancaire », a déclaré le gouverneur de la BCC. Le Comité de politique monétaire a, par ailleurs, décidé d’assouplir ses instruments : le taux directeur est passé de 25 % à 17,5 %, tandis que celui des facilités de prêt a été abaissé de 30 % à 21,5 %. L’inflation projetée pour 2026 est désormais estimée à 7 %, signe d’une volonté de maintenir la stabilité macroéconomique.
Malgré ces signaux positifs, la population peine à constater une baisse réelle du coût de la vie. Les prix des denrées alimentaires, du carburant et du transport restent inchangés.
Selon plusieurs opérateurs économiques, les stocks de marchandises importées à des taux plus élevés expliquent cette inertie. Le vice-premier ministre en charge de l’Économie, André Wameso, se veut rassurant : « Les ajustements économiques ne sont jamais instantanés. Le marché a besoin d’un délai d’adaptation avant que la baisse du dollar ne se reflète sur les prix. »

Cependant, dans les rues de Kinshasa, la frustration monte. Les consommateurs accusent certains commerçants de spéculation et de manque de transparence. Pour consolider cette stabilité, la BCC encourage les transactions en monnaie nationale, appelant les banques et entreprises à limiter leur dépendance au dollar. Le gouvernement, de son côté, insiste sur la discipline budgétaire, notamment la maîtrise de la masse salariale et la rationalisation des dépenses publiques, afin de préserver les équilibres macroéconomiques.
Les experts économiques estiment que la stabilisation du franc congolais doit s’accompagner de mesures structurelles : soutien à la production locale, limitation des importations spéculatives et amélioration de la communication financière pour éviter les distorsions entre le taux officiel et celui du marché parallèle. Si la BCC a réussi à redonner confiance aux marchés, la population reste dans l’expectative. Les ménages espèrent que la hausse de la valeur du franc congolais se traduira enfin par une baisse des prix et une amélioration du pouvoir d’achat.

Pour l’heure, le contraste demeure : le franc monte, mais la vie reste chère.
Et tant que la transmission entre les politiques monétaires et les réalités économiques ne sera pas fluide, la stabilité du taux de change ne suffira pas à soulager le panier de la ménagère.
Junior Kulele


