Le gouvernement congolais veut accélérer la réforme de l’administration publique. À l’occasion d’un briefing presse organisé ce lundi, le vice-Premier ministre en charge de la Fonction publique, Jean-Pierre Lihau, a annoncé une importante vague de mises à la retraite au sein de l’administration publique congolaise.
Selon le ministre, 1 200 fonctionnaires seront admis à la retraite dès la semaine prochaine, avant une deuxième vague de 3 000 départs prévue le mois suivant. Cette annonce s’inscrit dans le cadre des réformes engagées par le gouvernement pour assainir la fonction publique et moderniser l’administration de l’État. Au cours de ce briefing coanimé avec le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, Jean-Pierre Lihau a dressé un constat sévère de l’état de la fonction publique hérité des années précédentes.
Le Vpm affirme que les opérations de contrôle et de certification menées par son administration ont permis de ramener le nombre de fonctionnaires régulièrement identifiés d’environ 1,4 million à près de 600 000 agents officiellement reconnus. Selon lui, plusieurs dysfonctionnements ont longtemps favorisé l’intégration irrégulière d’agents dans les services publics.
« On a fait entrer tout et n’importe quoi dans la fonction publique et dans l’administration », a-t-il dénoncé, pointant directement les pratiques observées sous le régime de Joseph Kabila. Face à cette situation, Jean-Pierre Lihau affirme vouloir instaurer une nouvelle culture administrative basée sur la compétence, la performance et le respect de la loi. Le Vice-premier ministre promet désormais une fonction publique reposant sur la méritocratie plutôt que sur les réseaux d’influence ou le favoritisme politique.
Parmi les réformes annoncées figurent :
le renforcement des mécanismes de contrôle des effectifs ; la formation continue des agents publics ; l’amélioration des capacités administratives ; et une rémunération davantage liée au rendement des fonctionnaires. Le programme « Fonction publique en chiffres », présenté lors du briefing, vise notamment à produire une cartographie plus précise de l’administration congolaise afin de mieux planifier les recrutements, les retraites et la gestion des carrières.
Au-delà de l’aspect administratif, cette réforme possède aussi une forte dimension économique. La maîtrise des effectifs de la fonction publique représente un enjeu central pour les finances de l’État congolais, alors que la masse salariale absorbe une part importante du budget national. Les opérations de retraite et d’assainissement pourraient permettre au gouvernement de réduire certaines dépenses liées aux agents fictifs ou aux irrégularités administratives régulièrement dénoncées depuis plusieurs années.
Mais cette transition soulève également plusieurs défis sociaux, notamment concernant le paiement effectif des droits des retraités et la capacité de l’administration à remplacer progressivement les départs par des profils qualifiés. À travers cette réforme, le gouvernement tente aussi de préparer le renouvellement de l’administration publique congolaise. L’objectif affiché est de construire une fonction publique plus professionnelle, numérisée et capable de répondre aux exigences modernes de gestion publique.
Reste désormais à savoir si ces annonces se traduiront concrètement sur le terrain, dans un pays où les réformes administratives ont souvent été confrontées à des résistances internes, à des contraintes budgétaires et à la lourdeur bureaucratique. Mais une chose semble claire : Kinshasa veut désormais tourner la page d’une administration accusée pendant des années de clientélisme, de désordre et de gestion approximative.
JK


