Un remède peut-il devenir un risque ? En annonçant la création d’une « Garde minière » forte de 20 000 hommes, l’Inspection Générale des Mines (IGM) a ouvert une ligne de fracture au cœur du secteur extractif congolais : entre nécessité de mettre fin à la fraude et crainte d’un glissement juridique aux conséquences imprévisibles.
Présentée comme une réponse musclée aux détournements et à l’insécurité sur les sites miniers, cette nouvelle unité paramilitaire aurait pour mission de sécuriser à la fois les zones d’exploitation et le transport des minerais. L’objectif est clair : assainir un secteur stratégique longtemps fragilisé par des circuits parallèles et des pertes colossales pour l’État.
Mais très vite, l’enthousiasme affiché par les autorités s’est heurté à des interrogations de fond. La première est d’ordre constitutionnel. En République démocratique du Congo, le principe d’unicité de l’armée, consacré par la Constitution, limite strictement la création de forces armées parallèles. Dès lors, la mise en place d’une unité paramilitaire sous tutelle civile soulève une question centrale : où s’arrête la sécurité, où commence la dérive institutionnelle ?
À cela s’ajoute un autre paradoxe : le cadre légal existe déjà. Le Code minier de 2018 prévoit une Police des Mines et des Hydrocarbures, intégrée à la Police nationale congolaise, précisément chargée de ces missions. Dans ce contexte, la création d’une nouvelle force apparaît, pour certains observateurs, comme un doublon inutile, voire un facteur de confusion dans la chaîne de commandement.
La critique est frontalement assumée par Jean-Claude Katende, qui dénonce une initiative superflue. Selon lui, les dispositifs sécuritaires sont déjà présents sur les sites miniers police minière, police nationale, voire forces armées et mériteraient d’être renforcés plutôt que contournés. Pour cet acteur de la société civile, la priorité devrait être la redynamisation des structures existantes plutôt que la création d’une nouvelle entité.
Mais c’est sans doute sur le terrain financier que les inquiétudes se font les plus vives. Le projet, estimé à près de 100 millions de dollars, interroge dans un contexte où les ressources publiques sont déjà sous pression. À raison d’environ 5 000 dollars par agent pour un effectif de 20 000 hommes, la facture paraît lourde, d’autant plus que l’hypothèse d’un financement extérieur a été rapidement écartée.
Là encore, les critiques pointent un risque de dérive budgétaire. Pour Jean-Claude Katende, une telle dépense pourrait s’avérer inefficace si elle ne s’accompagne pas d’une réforme profonde de la gouvernance minière. Car au-delà des dispositifs sécuritaires, le véritable défi reste la lutte contre l’impunité et les malversations financières. En filigrane, ce projet révèle une tension classique : faut-il multiplier les structures pour résoudre un problème, ou renforcer celles qui existent déjà ? Dans un secteur aussi stratégique que les mines, la réponse engage non seulement la sécurité, mais aussi la crédibilité de l’État.
Une chose est sûre : si l’assainissement du secteur minier est une urgence, les moyens pour y parvenir divisent profondément. Et alors que le débat enfle dans l’opinion, une interrogation persiste : la « Garde minière » sera-t-elle un outil de réforme… ou un colosse de plus dans un système déjà saturé ?
Israël Kapangala


