́À Kinshasa, la route n’est plus un simple espace de circulation : elle est devenue, au fil des années, un miroir grossissant des dérives urbaines, de l’incivisme chronique et du relâchement de l’autorité publique. Embouteillages interminables, stationnements anarchiques, accidents à répétition, non-respect du Code de la route, tarification sauvage dans les transports en commun… La capitale congolaise vit depuis trop longtemps au rythme d’un désordre routier devenu quasi structurel.
Face à cette situation préoccupante, le gouverneur de la ville-province de Kinshasa, Daniel Bumba Lubaki, a décidé de rompre avec la complaisance. De nouvelles dispositions entrent officiellement en vigueur, marquant un tournant majeur dans la gouvernance du secteur des transports urbains. Le message est clair : tolérance zéro, retour à l’ordre, application stricte de la loi.
La réponse des autorités provinciales se veut à la fois ferme, globale et durable. Au cœur de ce dispositif figure la mise en place d’une task force permanente de près de 3 000 agents, déployée sur l’ensemble de la capitale. Cette force mixte regroupe la Police nationale congolaise, la Division urbaine des Transports, la Brigade spéciale de protection de l’environnement ainsi que la Régie des fourrières et du contrôle technique.
Ces agents seront positionnés dans 60 grands carrefours stratégiques, mais également sur les axes routiers à forte tension et à haut risque, identifiés comme des points noirs de la circulation kinoise. L’objectif n’est pas seulement répressif : il s’agit avant tout de restaurer l’autorité de l’État sur la voie publique, d’améliorer la fluidité du trafic et, surtout, de sauver des vies. « Le Code de la route doit être respecté sans exception », a martelé le gouverneur, soulignant que la route ne saurait plus être un espace de non-droit.
Des contrôles stricts, sans tolérance ni passe-droit. Tout conducteur circulant à Kinshasa devra impérativement présenter des documents en règle. Il s’agit notamment du permis de conduire valide, du certificat de contrôle technique en cours de validité, de la vignette, de l’assurance, ainsi que de l’autorisation de transport pour les véhicules concernés. Les transporteurs en commun devront également se conformer strictement aux tarifs officiels fixés par les autorités.
Tout manquement exposera les contrevenants à des sanctions immédiates : amendes, immobilisation des véhicules et, le cas échéant, mise en fourrière. Cette rigueur assumée vise à briser les habitudes d’impunité et à instaurer une nouvelle culture du civisme routier.
Conscientes du rôle des camions et des véhicules de livraison dans l’asphyxie du trafic urbain, les autorités provinciales ont instauré un régime spécial pour les poids lourds de 20 tonnes et plus. Désormais, leur circulation sera strictement encadrée : autorisée uniquement entre 22h et 5h, les lundi, mardi et mercredi. Les autres jours, l’accès à la ville reste limité à cette même tranche horaire nocturne. Cette mesure vise à réduire la congestion diurne, protéger les infrastructures routières et limiter les risques d’accidents impliquant des véhicules lourds dans les zones densément peuplées.
Le nouveau dispositif s’accompagne d’interdictions strictes : fin du stationnement désordonné sur la voie publique, interdiction de la circulation des Wewas sur la RN1 aux heures concernées, et bannissement des marchés spontanés sur les grandes artères de la capitale. Autant de pratiques qui, au fil du temps, ont contribué à transformer les routes de Kinshasa en espaces chaotiques, au détriment de la sécurité et de la mobilité.
Dans un geste hautement symbolique, le gouverneur Daniel Bumba Lubaki a tenu à montrer l’exemple avant même le lancement officiel de cette vaste opération. Il s’est personnellement rendu au CONADEP pour obtenir son permis de conduire, rappelant que « chaque Kinois doit être en règle ». Ce geste, loin d’être anodin, traduit une volonté claire : restaurer la crédibilité de l’action publique par l’exemplarité des dirigeants.
Au-delà de l’opération coup de poing, le gouvernement provincial affiche une ambition plus large : assainir durablement le secteur des transports et imposer, sur le long terme, une discipline routière fondée sur la responsabilité individuelle et collective. La mobilisation de près de 3 000 agents témoigne de la détermination des autorités à rompre avec les pratiques du passé.
À Kinshasa, le durcissement du ton n’est pas un simple effet d’annonce. Il s’agit d’un test grandeur nature de la capacité des institutions provinciales à faire respecter la loi, à protéger la vie des usagers et à redonner à la capitale l’image d’une métropole organisée et gouvernée. Le message est désormais sans équivoque : la route n’est plus une zone de non-droit. Et à partir de ce 26 janvier, chaque usager devra choisir entre le respect de la loi ou l’application rigoureuse des sanctions.
Junior Kulele


