Kinshasa a frôlé l’asphyxie. Pendant plusieurs jours, l’ombre d’une capitale à l’arrêt planait sur ses avenues bondées, ses arrêts saturés, son rythme déjà fragile. Mais au dernier moment, le pire a été évité : la grève des transporteurs en commun, annoncée pour les 30 et 31 mars, a été suspendue après un accord trouvé avec la Police nationale congolaise. Une désescalade qui porte la marque d’un dialogue tardif, mais décisif.
C’est au terme d’une rencontre stratégique tenue le 28 mars que la tension est retombée. Autour de la table : le commissaire divisionnaire Israël Kantu et les représentants des associations de chauffeurs de taxis et taxi-bus. Dans une ville où le transport en commun est le poumon du quotidien, cette réunion avait des allures de dernière chance. Son issue a permis d’éviter une paralysie aux conséquences économiques et sociales incalculables.
Si le mot d’ordre de grève a été levé, le malaise, lui, reste entier. Depuis plusieurs semaines, les chauffeurs dénoncent des pratiques qu’ils qualifient de « tracasseries policières ». Au cœur des tensions : une confusion persistante autour des agents de contrôle, notamment ceux identifiables par des gilets rouges et noirs. Les transporteurs réclament une clarification des rôles, condition essentielle selon eux pour restaurer un climat de confiance sur les routes de Kinshasa.
Parmi les mesures les plus contestées figure l’usage des dispositifs appelés « Mbasu », utilisés lors des contrôles pour immobiliser les véhicules en crevant leurs pneus. Une pratique jugée brutale par les conducteurs, qui en demandent la suspension immédiate. Autre sujet de discorde : le port obligatoire des vignettes au bras, une exigence que les chauffeurs considèrent comme contraignante et inadaptée à leurs conditions de travail. À cela s’ajoute une demande claire : le retrait temporaire de certains agents accusés d’abus dans l’exercice des contrôles routiers.
L’appel à la grève, lancé le 16 mars, traduisait une exaspération profonde face au renforcement des contrôles sur les axes de la capitale. Sa suspension marque un apaisement, certes, mais encore précaire. Car derrière cet accord se cache une attente forte : celle de solutions concrètes, durables, capables de transformer les promesses en réalités tangibles.
À Kinshasa, mégapole en perpétuel mouvement, chaque arrêt est une secousse, chaque blocage une onde de choc. Si la ville respire aujourd’hui, c’est grâce à un compromis. Mais demain, elle exigera davantage : un équilibre entre autorité et respect, entre régulation et dignité.
JK


