À Kinshasa, les routes racontent une autre histoire que les discours officiels. Entre annonces de modernisation et réalité de terrain, une question s’impose : qui est réellement responsable de l’état des infrastructures routières dans la capitale congolaise ? Devant l’Assemblée nationale, le ministre des Finances Doudou Fwamba a lâché une déclaration qui fait l’effet d’un séisme politique : « Pas un seul kilomètre de route à Kinshasa n’est financé par le gouvernement provincial. »
Selon lui, l’intégralité des projets routiers de la capitale est prise en charge par le gouvernement central, dirigé par Judith Suminwa Tuluka. Une affirmation qui repositionne le débat sur la gouvernance urbaine et la répartition des compétences. Si l’État central finance, pilote et exécute les grands projets, cela pose une équation délicate : quel est alors le rôle réel du gouvernement provincial dirigé par Daniel Bumba ?
En théorie, la province reste responsable de :
l’entretien des routes existantes, la gestion quotidienne de la voirie, le suivi de l’exécution des travaux. Mais sur le terrain, les résultats peinent à convaincre. Dans la commune de Bandalungwa, la situation est jugée « extrêmement alarmante » par le député provincial Jared Phanzu Babaka. Plusieurs axes stratégiques sont aujourd’hui en état critique : avenue Kasa-Vubu (tronçon Tshibangu – Bakayawu), croisement Bula / Bloc commercial. Le constat est sans appel :
chaussées fortement dégradées, circulation perturbée, carrefours parfois impraticables.
Face à cette situation, l’élu exige : une réhabilitation immédiate, un calendrier clair des travaux, des réponses concrètes des autorités. Interpellé, le ministre provincial des Infrastructures Alain Tshilungu a attribué la dégradation de certains axes aux travaux du projet KIN ELENDA, notamment liés aux réseaux d’eau. Selon lui, la réhabilitation interviendra après la réception technique des chantiers, tandis que d’autres axes seraient déjà programmés. Mais ces explications n’ont pas suffi à apaiser les critiques.
Pour de nombreux observateurs, elles illustrent surtout un manque de coordination entre les projets structurants et la gestion de la voirie. Au-delà des routes, c’est une rivalité institutionnelle qui se dessine : un gouvernement central qui finance et décide, un pouvoir provincial attendu sur l’exécution et l’entretien. Cette dualité crée un flou qui nuit à l’efficacité des politiques publiques. Résultat : les responsabilités se diluent, mais les routes continuent de se dégrader.
Pour les habitants de Kinshasa, le débat institutionnel importe peu. Ce qu’ils vivent au quotidien, ce sont : les embouteillages interminables, les coûts de transport en hausse, les risques accrus d’accidents. La modernisation des infrastructures routières n’est donc pas qu’un enjeu technique : c’est une question de qualité de vie et de performance économique pour toute la capitale.
Les déclarations de Doudou Fwamba relancent un débat de fond : faut-il redéfinir clairement les rôles entre l’État et la province ? Car sans coordination efficace, même les financements les plus importants risquent de produire des résultats limités. À Kinshasa, la route vers la modernisation passe désormais par une exigence simple : mettre fin à la confusion des responsabilités pour enfin répondre aux attentes des citoyens.
Junior Kulele


