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L’accord de paix Tshisekedi-Kagame sous l’égide de Trump : espoir ou mirage diplomatique ?

11 mois ago
in Sécurité
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Accord RDC-Rwanda : Moïse Katumbi salue la médiation du président Donald Trump

President Donald Trump participates in a visit with The Democratic Republic of the Congo???s Foreign Minister Therese Kayikwamba Wagner and The Republic of Rwanda???s Foreign Minister Olivier Nduhungirehe, Friday, June 27, 2025, in the Oval Office. (Official White House Photo by Daniel Torok)

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L’annonce a été aussi inattendue que spectaculaire : d’ici la fin du mois, un accord de paix entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda pourrait être signé à Washington, sous la médiation directe du président américain Donald Trump. Cette annonce faite en grande pompe à la Maison Blanche en présence de cinq autres chefs d’État africains, marque un tournant diplomatique de grande portée pour deux pays dont les relations sont marquées par des décennies de tensions, de guerres et de soupçons mutuels. Mais derrière l’euphorie et l’élan d’optimisme qu’elle suscite dans l’opinion publique congolaise, cette initiative soulève d’importantes interrogations de fond, tant sur le plan stratégique que politique.

Depuis plus de 30 ans, l’est de la RDC vit au rythme des conflits armés récurrents, avec comme acteur central le Rwanda, accusé d’armer et de soutenir plusieurs groupes rebelles dont l’actuel AFC-M23. Les violences ont causé des millions de morts, des déplacements massifs et une déstructuration totale de la vie sociale et économique dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

L’initiative de Donald Trump — en rupture avec l’approche plus prudente de l’administration Biden — se veut directe, spectaculaire, voire transactionnelle. Son objectif est clair : marquer un coup diplomatique fort sur le continent africain, dans un contexte de rivalité croissante avec la Chine et la Russie. Mais pour beaucoup d’observateurs, cette stratégie risque de privilégier l’effet d’annonce au détriment des véritables dynamiques locales, bien plus complexes.

Avant Washington, c’est Doha qui sert de laboratoire politique. Le Qatar, dont l’agenda diplomatique s’est étendu au-delà du Moyen-Orient, accueille depuis quelques jours les délégations du gouvernement congolais et de l’AFC-M23, avec la participation inédite des ministres de l’intérieur de la RDC et du Rwanda. Le fait que les Américains, l’Union africaine et d’autres partenaires y prennent part démontre l’importance stratégique accordée à cette négociation.

Selon des sources diplomatiques, un projet d’accord serait déjà rédigé par les Américains et soumis à la discussion. Mais les premières heures des pourparlers montrent des lignes de fracture profondes. L’AFC-M23 pose une série de préconditions : l’annulation d’une résolution du parlement congolais datant de 2022 interdisant tout dialogue officiel avec le M23, ainsi qu’une exigence hautement controversée : la gestion exclusive du Nord et Sud-Kivu pendant 8 ans.

Pour Kinshasa, c’est une ligne rouge. Le gouvernement y voit une tentative déguisée de partition de la RDC, une crainte de longue date au sein de l’opinion nationale. Pour le cardinal Fridolin Ambongo, l’approche « efficace mais brutale » de Trump ignore les fondamentaux du conflit et risque de fabriquer un accord aussi éphémère que dangereux, sans régler les causes structurelles du conflit : l’impunité, les pillages économiques, et l’absence de justice transitionnelle.

Sur le terrain, le contraste est saisissant : pendant que les négociations se tiennent à Doha et qu’un accord est promis à Washington, les mouvements militaires s’intensifient. La RDC a redéployé 7 000 soldats des FARDC d’Uvira (Sud-Kivu) depuis Kalemie, dans une logique de positionnement stratégique. Kisangani, à son tour, serait transformée en base logistique, signe que l’État-major anticipe toujours un scénario de rupture des négociations.

En parallèle, l’AFC-M23 renforce ses positions à Bukavu, avec des renforts venant de Goma, dans une logique de verrouillage territorial. Cette militarisation simultanée, alors même que la diplomatie s’active, met en lumière un paradoxe : ni Kinshasa ni le M23 ne semblent croire totalement à une solution pacifique immédiate. Cela pourrait traduire une simple stratégie de dissuasion ou, pire, une course contre la montre pour gagner en influence avant un éventuel cessez-le-feu.

À court terme, la signature d’un accord entre Tshisekedi et Kagame à Washington représenterait un succès symbolique majeur, surtout pour Trump, en quête de points politiques sur la scène internationale. Pour Félix Tshisekedi, ce serait une victoire diplomatique à quelques mois d’un possible remaniement régional. Et pour Paul Kagame, cela permettrait d’adoucir son image internationale fortement ternie par les accusations répétées d’agression contre son voisin.

Mais les failles structurelles demeurent : comment garantir l’inclusion des populations affectées ? Quel mécanisme pour le désarmement réel du M23 ? Quelles compensations pour les victimes des crimes de guerre ? Et surtout, quelle sera la place de la justice et de la mémoire dans cet accord ?

Le processus en cours pourrait poser les bases d’un tournant historique dans les relations entre la RDC et le Rwanda. Mais il ne saurait être réduit à une simple cérémonie diplomatique. Si les négociations ne tiennent pas compte des aspirations profondes des Congolais, des revendications légitimes de justice, et de la dynamique régionale réelle, l’accord de paix risque de devenir un mirage, une parenthèse illusoire dans un conflit bien plus enraciné.

L’avenir dira si Washington 2025 marquera la fin d’un cycle de guerre ou simplement le début d’un nouvel épisode d’instabilité maquillé par une poignée de mains.

Junior Kulele

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