C’est une porte qui se ferme, et avec elle, tout un pan de la mémoire kinoise qui s’éteint. Le Chantilly de Kinshasa ferme définitivement. Une annonce sèche, presque brutale, pour une histoire pourtant longue de près de quarante ans, intimement mêlée à nos vies, à nos habitudes, à nos souvenirs les plus simples et les plus précieux.

Le Chantilly, ce n’était pas qu’une pâtisserie. C’était une certitude dans une ville imprévisible. La certitude de trouver de vrais croissants, dorés comme au petit matin, feuilletés comme une promesse tenue. À une époque où Kinshasa comptait peu d’adresses fiables, le Chantilly était ce repère rassurant, ce lieu où l’on allait sans se poser de questions. On y allait pour acheter du pain coupé, mais surtout pour marquer les moments importants.
Un anniversaire ? C’était au Chantilly. Une surprise de dernière minute ? Chantilly. Un dimanche à sauver ? Encore Chantilly. Commander un gâteau là-bas avait quelque chose de solennel. On choisissait, on expliquait, on attendait. Et le jour venu, le gâteau arrivait, fidèle au rendez-vous, comme si le temps s’était arrêté juste pour nous faire plaisir.

Avec sa fermeture, ce n’est pas seulement une enseigne qui disparaît. C’est un rituel qui s’efface. C’est l’odeur du beurre chaud au petit matin. C’est la vitrine qui attirait le regard. C’est ce sentiment discret d’élégance simple, presque rare à Kinshasa. Aujourd’hui, il ne restera que les souvenirs. Les sacs en papier. Les boîtes à gâteaux. Les anniversaires d’enfance. Les petits plaisirs partagés sans bruit.
Hélas… les croissants vont nous manquer. Les pâtisseries aussi. Mais plus encore, ce lien invisible qui nous rattachait à notre histoire de Kinois, à une époque où certains lieux savaient traverser les générations sans jamais perdre leur saveur. Le Chantilly s’en va. Kinshasa, elle, garde un goût de nostalgie au fond du cœur.
Junior Kulele


