La Première ministre de la République démocratique du Congo, Judith Suminwa Tuluka, a ouvert mardi 25 novembre à Kinshasa les travaux de la 11ᵉ édition du Forum International des Affaires Makutano, un rendez-vous devenu incontournable pour les décideurs publics, investisseurs, entrepreneurs et partenaires internationaux. Placées sous le thème « Les Contrats du Congo : l’heure du choix », ces assises ambitionnent de redéfinir les priorités économiques du pays face à un contexte marqué par les crises sécuritaires et la volatilité des marchés mondiaux.
Organisé sur deux jours à l’hôtel Sultani, Makutano 2025 s’articule autour de quatre thématiques au cœur du développement national : Gouvernance, Mines, Énergie et Transports. La rencontre se veut un laboratoire d’idées où se croisent décideurs publics, opérateurs économiques, représentants de la société civile et partenaires financiers pour éclairer les choix stratégiques de l’État.
Pendant près de deux heures, Judith Suminwa a échangé directement avec les acteurs économiques et les partenaires bilatéraux et multilatéraux, dans un exercice de transparence salué pour son ouverture. Ce dialogue, selon la Cheffe du gouvernement, vise à restaurer la confiance entre l’État et le secteur privé, condition indispensable pour attirer les investissements et bâtir une économie résiliente.
Première intervenante sur le sous-thème « Gouvernance : crédibilité et diversification », la Première ministre a dressé un bilan encourageant des actions gouvernementales, avant de tracer les orientations pour les années à venir. Elle a insisté sur le rôle crucial des minerais stratégiques cobalt, cuivre, lithium, germanium dans l’accélération de la diversification économique. « Les minerais stratégiques doivent servir d’accélérateur de notre développement. Nous devons assurer leur traçabilité, optimiser la gestion des revenus et nous engager dans la transformation locale pour produire ce que nous importons encore aujourd’hui », a-t-elle déclaré.
Pour Judith Suminwa, la stabilité du cadre macroéconomique passe impérativement par une augmentation de la production locale et une réduction de la dépendance vis-à-vis des importations, notamment pour les biens essentiels. Sans cela, prévient-elle, la balance commerciale congolaise continuera d’être structurellement déficitaire.
Abordant les réformes en cours, la Première ministre a rappelé les avancées réalisées, notamment la mise en œuvre de la loi sur le Partenariat Public-Privé (PPP), la digitalisation de plusieurs services publics, ainsi que des efforts accrus pour lutter contre la corruption. « Nous devons travailler dans la transparence, la redevabilité et la performance si nous voulons bâtir une relation solide avec le secteur privé », a-t-elle insisté. Ces réformes, selon elle, ne doivent pas seulement moderniser l’administration, mais également garantir un environnement plus attractif pour les investisseurs nationaux et étrangers.
Sur le plan international, Judith Suminwa a revendiqué une diversification assumée des partenariats stratégiques. La RDC compte maintenir et renforcer ses relations aussi bien avec l’Asie, notamment la Chine, qu’avec les États-Unis, l’Europe et d’autres acteurs intéressés par la transition énergétique mondiale. « L’important pour nous est que nos partenaires s’alignent sur notre vision : le bien-être de la population et la création d’emplois », a-t-elle souligné.
Reconnaissant les défis persistants dans les infrastructures routières, ferroviaires, portuaires et aériennes, la Première ministre a défendu une approche pragmatique consistant à convertir ces contraintes en opportunités d’investissement. « Nos défis infrastructurels sont aussi des opportunités pour le secteur privé. Avec le cadre légal sur les PPP, nous pouvons bâtir des partenariats gagnant-gagnant », a-t-elle expliqué.
Elle a également cité plusieurs projets structurants, dont le corridor de Lobito et le port en eau profonde de Banana, comme leviers d’ouverture régionale et internationale susceptibles de renforcer la compétitivité congolaise sur les marchés extérieurs Judith Suminwa n’a pas caché son ambition de voir la RDC devenir un acteur majeur dans la production locale et les échanges régionaux.
« Avec 120 millions de consommateurs et près de 250 millions dans les neuf pays voisins, la RDC a les moyens d’être compétitive et d’alimenter les marchés intérieurs comme extérieurs », a-t-elle affirmé. Pour elle, la clé réside dans la création d’une économie productive, appuyée par la transformation industrielle, la montée en gamme des exportations et la valorisation du contenu local.
Le Réseau Makutano, initiateur du forum, connecte plus de 600 leaders économiques issus des secteurs public, privé et de la société civile. Par des conférences, ateliers, déjeuners-débats, voyages d’affaires, publications spécialisées et masterclass, il ambitionne de nourrir une réflexion stratégique continue sur l’avenir économique du pays.