Le combat aura duré plusieurs heures. En vain. Échouée sur la plage de PK5, à Muanda, dans la province du Kongo Central, la baleine qui avait suscité une immense vague d’émotion à travers le pays est finalement morte jeudi soir, malgré les efforts déployés pour tenter de la ramener vers les eaux profondes de l’océan Atlantique.

L’image de ce géant des mers, immobilisé sur le sable et entouré d’éco-gardes, de curieux et d’engins de terrassement, restera comme le symbole d’une intervention rendue presque impossible par le manque de moyens techniques adaptés. Selon le directeur provincial de l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN), Didier Bilombe, le cétacé a succombé aux environs de 19 heures après plusieurs tentatives infructueuses de sauvetage.
Longue d’environ 12 mètres et pesant entre 7 et 8 tonnes, la baleine représentait un défi logistique colossal. Les équipements disponibles se sont révélés insuffisants pour déplacer un animal d’une telle masse. Cette tragédie met en lumière les limites des capacités d’intervention face à des situations exceptionnelles impliquant la faune marine.
Au lendemain de la mort de l’animal, l’ICCN a immédiatement lancé une mise en garde à la population. Toute consommation de la viande de la baleine est formellement interdite.
Les causes exactes de son échouement et de son décès demeurent inconnues. Des analyses scientifiques devront déterminer si l’animal souffrait d’une maladie, d’une blessure ou s’il a été victime d’un phénomène environnemental.
« Nous procéderons à son enlèvement. Nous demandons toutefois à la population de ne pas y toucher, car nous ne connaissons pas encore les causes de sa mort ni les éventuels risques sanitaires », ont averti les responsables de l’ICCN.

L’institution rappelle qu’une baleine en décomposition représente un danger réel. La prolifération de bactéries, l’accumulation de gaz produits par la putréfaction ainsi que les risques de contamination peuvent constituer une menace pour la santé publique et pour l’environnement. Plutôt que d’être dépecée ou distribuée, la baleine sera enterrée sur un site sécurisé conformément aux protocoles internationaux de gestion des grands mammifères marins. Les éco-gardes assureront la surveillance permanente du périmètre afin d’empêcher tout accès non autorisé.
L’échouement de cette baleine intervient quelques semaines seulement après plusieurs observations de requins le long des côtes de Muanda. Pour plusieurs spécialistes, ces événements inhabituels rappellent l’importance d’un suivi scientifique renforcé de l’écosystème marin congolais afin de mieux comprendre les changements qui affectent la biodiversité de la façade atlantique du pays.

Si les raisons de cet échouement restent encore à établir, ce drame rappelle surtout la fragilité des géants des océans. Hors de l’eau, une baleine ne peut survivre que quelques heures. Son propre poids comprime progressivement ses organes, sa respiration devient difficile, tandis que la déshydratation et la surchauffe accélèrent inexorablement son agonie.
Au-delà de l’émotion, cette disparition pose une question essentielle : la République démocratique du Congo dispose-t-elle des moyens nécessaires pour répondre efficacement aux urgences liées à la conservation de son patrimoine marin ? La mort de cette baleine pourrait bien marquer un tournant dans la réflexion sur la protection de la biodiversité du littoral congolais.
Junior Kulele


