Les chiffres sont glaçants. En juillet 2025, plus de 319 civils ont perdu la vie dans la province du Nord-Kivu, selon les données du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH). Ces massacres, attribués principalement au M23, s’ajoutent à une longue liste de violences qui ensanglantent l’est de la République démocratique du Congo depuis plus d’une décennie.
Les statistiques publiées par le HCDH proviennent d’enquêtes menées dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri, trois zones en proie à une instabilité chronique. Le rapport pointe également la responsabilité d’autres groupes armés, notamment les Allied Democratic Forces (ADF), affiliés à l’État islamique, qui continuent de multiplier les attaques sanglantes.
Le HCDH documente avec précision deux attaques majeures commises par les ADF :
9 juillet : 70 civils exécutés dans le village de Pikamaibo (Nord-Kivu).
27 juillet : au moins 40 fidèles tués lors d’une prière dans une église, dans une attaque d’une rare cruauté.
Ces violences interviennent alors que, sur le papier, un cessez-le-feu conclu entre le gouvernement congolais et le M23 devrait être en vigueur depuis le 27 juin 2025, date de la signature à Doha d’une déclaration de principe sous médiation qatarie.
La déclaration signée fin juin prévoyait, entre autres : un cessez-le-feu immédiat, un mécanisme d’échange de prisonniers pour instaurer un climat de confiance et un engagement à poursuivre les discussions vers un accord global de paix. Pourtant, un mois et demi plus tard, aucun progrès concret n’est visible sur le terrain. La réunion prévue à Doha le 8 août a été purement annulée. Ni Kinshasa, ni l’Alliance des Forces du Changement (AFC-M23) n’ont dépêché de délégation, signe que la méfiance reste totale.
La principale pierre d’achoppement reste la question des prisonniers. Le M23/AFC refuse tout retour à Doha sans la libération préalable de 700 combattants et sympathisants détenus par Kinshasa tandis que le gouvernement congolais conditionne toute libération à un retrait du M23 des territoires occupés, notamment autour de Goma, Rutshuru et Masisi. Ce bras de fer gèle totalement le processus.
Le 29 juillet, les deux camps avaient pourtant convenu de libérer simultanément leurs détenus respectifs avant de passer à l’étape des négociations politiques. Mais cet engagement est resté lettre morte. Initialement, la feuille de route prévoyait la signature d’un accord global de paix le 17 août 2025. À ce stade, cet objectif semble hors d’atteinte. La médiation qatarie se dit encore confiante, mais sur le terrain, les violences s’intensifient, sapant chaque jour un peu plus la crédibilité du processus.
Les blocages actuels reflètent plusieurs réalités :
l’absence de confiance mutuelle : chaque camp exige des garanties avant de faire un geste, craignant d’affaiblir sa position militaire.
Les enjeux stratégiques du terrain : pour Kinshasa, la libération des territoires est cruciale pour sécuriser les populations ; pour le M23, conserver des positions est un moyen de pression essentiel.
Le contexte régional tendu : l’implication présumée du Rwanda derrière le M23 reste un point de friction majeur, compliquant toute négociation directe.
La multiplication des acteurs armés : même en cas d’accord avec le M23, la présence d’autres groupes comme les ADF ou les milices locales limite l’impact immédiat d’un cessez-le-feu.
À moins d’un geste fort de part et d’autre, le processus de Doha risque de s’enliser comme tant d’autres initiatives précédentes. Pendant ce temps, les civils continuent de payer le prix le plus lourd, dans un conflit qui mêle enjeux locaux, rivalités régionales et intérêts géostratégiques.
Junior Kulele


