Lubumbashi, capitale cuprifère de la République démocratique du Congo, est secouée depuis le début de la semaine par une grave pollution environnementale. Les eaux acides se sont échappées du bassin de décantation de l’entreprise minière chinoise CDM (Compagnie de Développement du Métal), avant d’inonder une partie du quartier Kasapa et de contaminer la rivière Lubumbashi, l’un des affluents les plus importants de la région.

Selon plusieurs sources locales, cette fuite aurait provoqué la mort de nombreux poissons et d’autres espèces aquatiques, suscitant l’inquiétude des habitants et des organisations environnementales. Des experts alertent sur un risque élevé de crise sanitaire, notamment la propagation de maladies hydriques comme le choléra, la typhoïde ou les infections cutanées.
Face à cette situation alarmante, plusieurs autorités – nationales, provinciales et locales – se sont rendues tour à tour sur le site. Mais leurs interventions, souvent non coordonnées, ont révélé un certain désordre institutionnel dans la gestion de la crise.

Le ministre provincial des Mines, Lucien Lumano, a été le premier à se rendre sur place. Il a annoncé des mesures immédiates pour « circonscrire la pollution et évaluer les responsabilités ». Le lendemain, le gouverneur du Haut-Katanga, Martin Kazembe, est lui aussi descendu sur le site. Après un échange tendu avec les responsables chinois, il a pris d’autres décisions, notamment la suspension temporaire de certaines activités.
Peu après, le ministre national des Mines, Louis Watum, dépêché depuis Kinshasa, a ordonné la fermeture de CDM pour trois mois, le temps de mener une enquête environnementale complète. Enfin, le chargé de missions du Chef de l’État, Thierry Nzonde, a également effectué une descente, à son tour, pour « rappeler à l’ordre » les dirigeants de la société chinoise. À ce ballet de décisions s’ajoutent celles du maire de la ville et du bourgmestre de la commune, qui ont également annoncé leurs propres mesures.

Cette succession d’interventions, parfois contradictoires, alimente le débat sur la coordination de l’action publique face à des crises environnementales majeures. Plusieurs observateurs locaux s’interrogent : l’État congolais parle-t-il d’une seule voix dans la gestion de ses ressources minières ? Ou assiste-t-on à une compétition de visibilité entre responsables politiques ? Un enseignant en gouvernance environnementale à l’Université de Lubumbashi, contacté par nos soins, estime que « la multiplicité des décisions sans coordination claire risque de nuire à l’efficacité de la réponse et d’affaiblir l’autorité de l’État ».
Du côté de CDM, des sources internes affirment que l’entreprise se dit « surprise par la rapidité et la diversité des décisions prises ». Certaines sources rapportent même que des représentants de l’entreprise auraient été approchés « de manière informelle » par des émissaires pour négocier des arrangements nocturnes, ce qui jette une ombre sur la transparence du processus.
Ce nouvel épisode de pollution met en lumière les failles de la gouvernance minière et environnementale en RDC, notamment le manque de mécanismes d’alerte et de coordination rapide entre services. Il pose aussi la question de la responsabilité environnementale des entreprises minières, souvent accusées de négligence ou d’impunité. Au-delà des sanctions immédiates, plusieurs voix appellent à un plan d’action national de prévention et de gestion des risques industriels, avec un système de suivi indépendant et des sanctions réellement dissuasives.
Le gouvernement central, à travers le ministère des Mines et celui de l’Environnement, a promis de publier dans les prochains jours les conclusions préliminaires de l’enquête technique sur les causes du déversement acide. Les habitants de Kasapa, eux, continuent de vivre dans la peur d’une contamination durable de leur environnement.


