Il aura suffi de quelques publications virales pour transformer un député discret en parrain supposé d’un projet de loi… matrimonial XXL. Mais contrairement à ce qui a été largement relayé, le député national Olive Mudekereza n’a jamais initié une proposition de loi visant à légaliser la polygamie ni à autoriser les hommes à épouser jusqu’à six femmes.
Une information qui, à défaut d’être exacte, aura au moins réussi à marier humour, indignation et buzz numérique. Face à la tempête médiatique et aux débats passionnés sur les réseaux sociaux, l’élu de Walungu a tenu à remettre l’église au milieu du village et même au milieu du Parlement.
Ce samedi, il a formellement démenti cette rumeur, précisant qu’il n’a jamais porté ni envisagé un tel texte. En tant que chrétien revendiqué, attaché aux Écritures, il rappelle que la tradition biblique consacre l’union entre un homme et une seule femme. Autrement dit, pas de harem parlementaire en préparation.
L’épisode illustre une fois de plus la capacité des réseaux sociaux à faire passer une blague pour un projet de société. En quelques heures, certains Congolais débattaient déjà du nombre maximal d’épouses comme s’il s’agissait d’un plafond budgétaire. La RDC n’a peut-être pas encore révisé sa Constitution, mais elle a déjà révisé, au moins dans l’imaginaire collectif, le Code de la famille version “Premium”.
Derrière le côté cocasse, l’affaire révèle un phénomène sérieux : la fabrication de fausses informations à fort potentiel émotionnel. La polygamie, sujet sensible mêlant religion, culture et droit, constitue un terrain idéal pour susciter indignation, plaisanteries et clashs idéologiques. Attribuer une telle proposition à un élu permet de tester l’opinion publique, polariser le débat et détourner l’attention d’enjeux plus structurants, comme les réformes institutionnelles, l’économie ou la sécurité.
Le député, malgré lui, héros d’un feuilleton conjugal. En fin de compte, Olive Mudekereza aura été, l’espace d’un week-end, le député le plus “marié” de la République, sans avoir demandé la main de qui que ce soit. Une démonstration supplémentaire que, à l’ère numérique, on peut épouser une rumeur avant même qu’elle ne soit déposée au bureau de l’Assemblée nationale.
Junior Kulele


