L’Assemblée nationale a décidé de ne pas faire droit au réquisitoire du procureur général près la Cour de cassation visant Nicolas Kazadi, ancien ministre des Finances et actuel député de Miabi (Kasaï Oriental). C’est la commission spéciale, présidée par le député Raphaël Kibuka, qui a tranché en ce sens, opposant une fin de non-recevoir à la demande du parquet.
Le député Kazadi, cadre de l’UDPS, est poursuivi pour propagation de faux bruits et divulgation de secrets d’État, à la suite de propos tenus le 4 mai dernier lors d’une intervention publique devenue virale.
Ce jour-là, l’ex-ministre avait dénoncé ce qu’il qualifiait de « gabegie financière systémique » au sein du gouvernement, évoquant une culture de la jouissance, le financement de projets improductifs utilisés comme façades pour des détournements, et la création anarchique de plus de 50 établissements publics, dont plusieurs seraient soit inactifs, soit hors du cadre institutionnel reconnu.
Ces déclarations, jugées explosives, ont provoqué un séisme politique à Kinshasa. Tandis que l’opposition y voyait la preuve d’un dysfonctionnement profond de l’appareil d’État, le pouvoir, de son côté, n’a pas tardé à réagir par la voie judiciaire.
Le procureur général Firmin Mvonde avait ainsi sollicité l’autorisation de poursuivre le député afin de l’interroger sur ses affirmations. Une démarche désormais bloquée par le Parlement, qui entend protéger l’immunité de ses membres.
Cette affaire soulève de vifs débats sur la liberté d’expression des élus, la transparence dans la gestion des finances publiques, mais aussi l’indépendance de la justice. Pour certains analystes, l’issue de ce dossier pourrait marquer un tournant dans les rapports entre institutions en RDC.
Djodjo Mafuku


