Lors d’un briefing conjoint animé par le Vice-premier ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemin Shabani Lukoo, et le ministre de la Communication et des Médias, Patrick Muyaya, le gouvernement congolais a exposé les grandes lignes de sa stratégie de paix dans l’Est du pays, tout en éclairant l’opinion sur l’état d’avancement du processus de Doha et des discussions en cours avec le mouvement rebelle AFC/M23.
« La paix, on va la construire même après la signature de l’accord », a affirmé d’emblée Jacquemin Shabani Lukoo, insistant sur la nature progressive du processus enclenché à Doha. Il a reconnu que la pacification de l’Est de la RDC ne pouvait être immédiate : « Ça sera un processus qui va nous prendre un certain temps ».
À ce stade, la médiation internationale, facilitée par l’État du Qatar, a conclu qu’il serait prématuré de signer un accord global sans étapes préliminaires destinées à préparer psychologiquement et politiquement les parties à un engagement sincère. « La paix, dans l’état actuel des choses, ne peut s’établir qu’à travers un processus dans lequel les parties s’engagent », a-t-il martelé.
Le VPM de l’Intérieur a tenu à rappeler que le succès de ce processus dépendra en grande partie de l’adhésion des Congolais eux-mêmes. « Il faudra que nous, Congolais, nous puissions nous engager dans ce processus », a-t-il déclaré, soulignant l’importance d’une mobilisation nationale autour de la paix, au-delà des divergences politiques.
Interrogé sur les attentes du gouvernement congolais, Shabani Lukoo a été clair : « Le plus important, c’est que la paix règne dans le pays », avant de préciser : « Le pays doit être gouverné par les institutions issues d’un processus démocratique. Il doit rester entre les mains du gouvernement et du président élu démocratiquement ».
La souveraineté nationale, l’intégrité territoriale et le rejet de toute tentative de balkanisation sont les principes non négociables mis en avant par Kinshasa. « La souveraineté du pays doit rester entre les mains des Congolais », a insisté le VPM.
Le ministre de l’Intérieur a également fait un rappel stratégique sur les récents accords signés à Washington et à Doha, en soulignant leur complémentarité. « Nous avons réussi à identifier les acteurs majeurs du conflit », a-t-il indiqué, en mettant en avant que l’accord de Washington a permis de désigner clairement le Rwanda comme acteur clé du conflit, un pas crucial vers une clarification diplomatique.
En parallèle, Doha s’inscrit davantage dans la logique d’un processus interne, impliquant des acteurs congolais présents sur le terrain, notamment le mouvement AFC/M23. « À Doha, nous avons affaire à ceux qui portent des armes sur notre sol. Ils doivent aussi prendre leurs responsabilités », a précisé Shabani Lukoo. Il a souligné que la déclaration de principes signée à Doha engage les signataires non seulement au cessez-le-feu, mais aussi à travailler vers une paix durable. « Chaque accord concourt à la réalisation de la paix », a-t-il résumé.
Prenant la parole, Patrick Muyaya, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, a dénoncé l’existence d’intérêts obscurs qui tirent profit de la guerre à l’Est. « Il y a des gens qui font du business à travers cette situation et qui ne veulent pas que cela s’arrête », a-t-il déclaré.
Il a pointé du doigt une coalition dangereuse formée de « Rwandais et de leurs supplétifs congolais » du groupe AFC/M23, qu’il accuse de complot contre la souveraineté nationale. Muyaya a également rappelé que l’origine du conflit est externe, en référence à l’implication documentée du Rwanda dans la déstabilisation de l’Est de la RDC.
En parallèle des efforts diplomatiques internationaux, le gouvernement poursuit également un dialogue interne. Patrick Muyaya a révélé que le Président Félix Tshisekedi a récemment rencontré plusieurs figures majeures de l’opposition et de la société civile, notamment Martin Fayulu, Adolphe Muzito, ainsi que les confessions religieuses, pour renforcer l’unité nationale dans cette phase sensible du processus de paix.
Le briefing conjoint du 21 juillet confirme que le processus de paix à l’Est de la RDC est désormais sur des rails, même si le chemin reste long et semé d’embûches. Entre médiation internationale, dialogue national et pression diplomatique sur les acteurs externes, Kinshasa affirme sa détermination à reprendre le contrôle de l’ensemble du territoire et à restaurer une paix durable, portée par les Congolais eux-mêmes.
Junior Kulele


