L’augmentation de la production locale est devenue un impératif pour la croissance économique en RDC, mais aussi un enjeu majeur pour la stabilité de la monnaie nationale face aux devises étrangères. Pour soutenir cette thèse, les spécialistes recommandent aux décideurs de mettre en place des politiques axées sur la capitalisation des potentiels économiques existants pour créer des chaînes de valeurs autour des produits finis 100% congolais. Mais jusqu’ici et depuis environ deux siècles, la RDC n’exporte que ses minerais à l’état brut, qui lui rapporte d’ailleurs peu, du fait que les revenus de la valeur ajoutée profitent aux seuls pays où ces matières premières sont transformées.
L’équivalent en francs congolais de plus de 2 milliards de dollars américains est converti en devises étrangères et expédié chaque mois à l’extérieur pour les approvisionnements en biens et services de consommation en interne. Mais seulement la moitié de cette somme, voir moins, est rapatriée après la vente des produits essentiellement miniers, extraits du sous-sol congolais. Quels sont les secteurs porteurs de croissance sur lesquels l’Etat peut s’appuyer pour augmenter sa production économique au-delà des mines ? Comment créer de la valeur ajoutée sur les produits qui peuvent attirer les consommateurs extérieurs, avec eux des devises comme réserves de change ?
Au lendemain de son accession au pouvoir d’État, Félix Tshisekedi a promis la revanche du sol congolais sur le sous-sol, inscrivant ici l’agriculture comme l’une des priorités de son action. A en croire les observateurs, le Président congolais ouvrait la voie à la création des richesses partant du développement des activités agricoles, pour faire oublier les mines qui sont rentables certe, mais aussi source de convoitises à la base des conflits interminables dans l’Est du pays.
Avant les mines qui ont quasiment dominé l’économie depuis les années coloniales, l’ex Congo Belge était parmi les leaders mondiaux du caoutchouc, de l’huile de palmes, du café, du cacao, du coton, du bois, du rafia et de la canne à sucre qui ont disparu dans les statistiques des produits d’exposition d’origine congolaise. Des plantations et des usines créées dans le cadre d’entreprises à économie mixte ont prospéré même après l’indépendance jusqu’au déclin total à la veille des années 80. L’ancien Zaïre, pays émergent avec un PIB équivalent à celui du Canada, de la Corée ou de l’Afrique du Sud pouvait tenir la tête avec les sociétés commerciales dans les domaines du transport aérien, routier, ferroviaire, fluviale et maritime. Les nostalgiques se souviennent encore d’Air Zaïre qui servait le territoire national, l’Afrique et l’Europe, la société de chemin de fer du Zaïre qui est presque en faillite et l’Onatra. Ces entreprises du portefeuille public employaient des dizaines de milliers de congolais, et pouvaient injecter plusieurs millions de dollars américains redistribués en terme des salaires aux ménages.
Certes, la RDC ne peut pas s’affranchir des mines, tant que son sous-sol regorge encore ces ressources. Elles constituent pour l’instant une source de revenus pour le pays et un happas convoité par les investisseurs et industriels qui font la course au développement technologique. Créer environ un million d’emplois directs et indirects. Mais ce secteur présente aussi des faiblesses liées notamment à la mauvaise gouvernance, la contrebande et autres. Les mines sont aussi connues pour causer des graves problèmes environnementaux. Les activités minières consomment une très grande quantité d’eau et d’énergie, et elles perturbent des terrains naturels qui constituent l’habitat de nombreuses espèces et de nombreux écosystèmes.
L’alternative à la dépendance des produits miniers est la diversification de l’économie. Tant que les 80 millions d’hectares de terre arable congolaise ne seront pas exploitées, le pays restera pauvre et sa population affamé, a reconnu un spécialiste. Développer l’industrie agricole et la chaîne de valeur de ses diverses filières est devenu un impératif pour faire de la RDC la locomotive de la région de l’Afrique centrale. Ceci limiterait l’importation des denrées alimentaires et autres produits dérivés de l’agriculture. Comme le Brésil, l’Indonésie, la Thaïlande ou la Malaisie, la RDC a les potentiels de devenir le 1er pôle d’attraction à son propre profil et à celui des autres nations en quête des solutions futuristes adaptées au monde moderne, au-delà des mines.
Le Congo Kinshasa est aussi dépositaire des espèces rares et uniques au monde. Sa biodiversité exceptionnelle, sa forêt tropicale humide, ses eaux douces, son climat, ses reliefs, surtout l’hospitalité de son peuple, sont autant de débouchés économiques dignes d’une industrie touristique. Mais la mauvaise réputation d’un pays en conflits et instable sur le plan politique, a longtemps freiné le développement économique de ce géant d’Afrique.
Constantin Ntambwe


