Les opérations de contrôle technique des véhicules à Kinshasa, initialement prévues pour débuter ce lundi 3 novembre 2025, ont finalement été repoussées au 17 novembre prochain. Cette décision, annoncée par le ministre provincial des Transports, Jésus-Noël Sheke, s’explique par la forte affluence observée dans les centres agréés ces derniers jours, signe à la fois d’un effort de mise en conformité des automobilistes et des limites du dispositif mis en place par les autorités.
Selon le ministre Sheke, cette prolongation de deux semaines vise à permettre à un plus grand nombre de conducteurs d’effectuer le contrôle technique obligatoire sans provoquer d’engorgement ni de désordre dans les centres. « Ce délai supplémentaire offrira aux automobilistes le temps nécessaire pour se conformer à la réglementation en vigueur, dans de meilleures conditions », a-t-il déclaré. Le gouvernement provincial entend ainsi éviter les tensions et les frustrations qui accompagnaient déjà les files interminables devant les stations de contrôle, où certains usagers patientaient des heures, voire des jours.
Si ce report paraît avant tout technique, il met en lumière des défis structurels du système de transport congolais : Insuffisance d’infrastructures pour accueillir le flux massif de véhicules circulant dans la capitale, estimé à plus d’un million d’unités ; Manque de communication et de sensibilisation préalable sur les procédures et les délais ; Et surtout, faible culture de conformité chez certains automobilistes, souvent peu informés des obligations légales. En réalité, cette situation traduit une tension croissante entre la modernisation administrative — amorcée avec l’introduction des permis biométriques et la numérisation des services — et la réalité logistique et sociale du terrain.
Derrière la contrainte administrative, le contrôle technique vise un objectif essentiel : réduire les accidents de la route, dont une large proportion est liée à la vétusté du parc automobile et au mauvais état des véhicules.
Kinshasa, avec sa densité et ses routes parfois dégradées, reste particulièrement exposée aux risques d’accidents mécaniques.
Les autorités espèrent ainsi, à terme, instaurer une culture de la prévention et de la sécurité routière, en rendant ce contrôle régulier et obligatoire.
Ce report soulève également des questions économiques. De nombreux chauffeurs de taxi, de bus et de motos-taxis redoutent que la reprise effective des opérations le 17 novembre entraîne la mise hors circulation de plusieurs véhicules non conformes, avec des conséquences sur leurs revenus. Les autorités devront donc trouver un équilibre entre rigueur réglementaire et réalisme social, afin d’éviter que la réforme ne se transforme en mesure punitive.
En attendant le 17 novembre, ce sursis offre à la Direction provinciale des Transports une opportunité de mieux planifier le déploiement logistique, d’accroître la capacité d’accueil des centres et de renforcer la communication publique. Si cette période est bien utilisée, elle pourrait transformer un simple report en levier d’efficacité administrative, contribuant à crédibiliser la réforme et à apaiser les tensions.
En somme, le report du contrôle technique à Kinshasa n’est pas qu’un ajustement de calendrier. Il révèle la complexité de la gouvernance urbaine dans une métropole en expansion, où chaque réforme touche à la fois à la modernité, à la sécurité et au quotidien des citoyens.
Junior Kulele


