L’okapi (Okapia johnstoni), emblème forestier de la République démocratique du Congo, vient de franchir une étape cruciale dans sa lutte pour la survie. Les Parties à la Convention sur le commerce international des espèces menacées (CITES) ont décidé de l’inscrire à l’Annexe I, le niveau de protection internationale le plus strict. Cette catégorie interdit tout commerce commercial international de l’animal, de ses parties ou de ses dérivés.

Déjà classé entièrement protégé par la loi congolaise, l’okapi bénéficie désormais d’un dispositif global visant à endiguer le braconnage, la perte d’habitat et le commerce illégal des menaces qui ont entraîné un déclin massif de ses populations au cours des dernières décennies.
L’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) et la Wildlife Conservation Society (WCS) ont immédiatement salué la mesure. Pour Susan Lieberman, vice-présidente de WCS pour les politiques internationales, cette inscription constitue « une étape critique pour protéger l’un des mammifères les plus distinctifs et les plus menacés au monde ».
Jean Paul Kibambe, directeur de WCS-RDC, y voit « un message fort de soutien » en faveur des communautés locales et des autorités congolaises engagées dans la protection de l’espèce. Yves Milan Ngangay, directeur général de l’ICCN, a insisté sur l’importance culturelle de l’okapi, notamment pour les populations de la forêt de l’Ituri, rappelant que des mesures urgentes sont en cours pour renforcer la gestion et les interventions transfrontalières.
La RDC a obtenu cette inscription sur la base de données préoccupantes présentées dans le document CoP20 Prop. 5. Ces chiffres confirment une tendance alarmante : L’aire de répartition actuelle s’étend sur 244 405 km², principalement dans les forêts du centre et du nord-est du pays. Bien que vaste, cette zone se réduit et se fragmente sous l’effet de l’exploitation illégale du bois, des activités minières artisanales et de l’insécurité.

Dans les années 1990, l’espèce comptait 35 000 à 50 000 individus. En 24 ans, les experts estiment une diminution de plus de 50 %. L’UICN l’a classée « En danger » dès 2013, un statut confirmé en 2015. La situation dans la Réserve de faune à okapis, considérée comme son principal bastion, illustre ce déclin : –40 % de la population entre 1995 et 2007, –47 % entre 2008 et 2012 et en 2018, il serait « probable qu’au moins 60 % de la population restante » ait disparu.
Dans l’est du pays, la déforestation atteint 30 % en vingt ans. Dans les aires protégées, la situation est moins dramatique mais reste préoccupante : la perte de couvert forestier varie entre 1 % et 10 % selon les sites. La coulée verte Kivu–Kinshasa, créée en 2025 et couvrant 154 000 km², englobe une grande partie de l’aire de répartition de l’espèce — à l’exception du parc national de la Lomami — et constitue un nouvel espoir de préservation des corridors écologiques.
Une ONG citée dans le rapport estime que : 80 % des produits de faune sauvage saisis en Ouganda proviennent de la RDC ; depuis 2019, les produits provenant d’environ 10 okapis par mois franchiraient la frontière. Malgré la pression, plusieurs zones clés abritent encore des populations viables : La Réserve de faune à okapis (13 726 km²), classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, co-gérée par l’ICCN et la WCS, reste le refuge principal. Le parc national de la Lomami, où les densités demeurent significatives. Le parc national de Maiko et plusieurs forêts communautaires, qui jouent un rôle essentiel dans le maintien de l’espèce.

Le passage de l’okapi à l’Annexe I devrait : renforcer les contrôles aux frontières ; améliorer le suivi du commerce transfrontalier ; soutenir les programmes nationaux de surveillance écologique ; encourager une coopération accrue entre la RDC et les pays voisins. Pour le gouvernement congolais comme pour les organisations partenaires, cette avancée représente un levier majeur pour inverser la trajectoire de ce mammifère unique, symbole du patrimoine national et trésor biologique des forêts du Bassin du Congo.
La rédaction de b-onetv.cd


