La tension diplomatique entre la République démocratique du Congo et le Rwanda connaît un nouveau tournant. Alors que les affrontements se poursuivent sur le terrain dans l’Est congolais, les États-Unis durcissent leur discours et brandissent la perspective de nouvelles sanctions contre Kigali, accusé de soutenir la rébellion du M23.
S’exprimant le 16 février sur France 24, Massad Boulos, conseiller Afrique du président américain Donald Trump, a relativisé la portée de l’accord signé à Washington entre Kinshasa et Kigali. Pour Washington, ce texte ne constitue pas une fin en soi, mais « une rampe de lancement » vers un processus plus large visant une stabilisation durable de la région des Grands Lacs.
Le diplomate américain a insisté sur la complémentarité entre l’accord de Washington, centré sur les relations bilatérales, et le processus de Doha, conduit sous l’égide du Qatar avec l’appui des États-Unis et de l’Union européenne, qui se concentre davantage sur le dossier du M23 et la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC.
Cependant, Washington déplore une détérioration rapide de la situation sur le terrain. Massad Boulos a qualifié de « violation grave » la prise de la ville d’Uvira par le M23, soutenu, selon les États-Unis, par le Rwanda. Il a accusé le président rwandais Paul Kagame d’avoir « trahi la confiance » de l’administration américaine. Selon lui, si des retraits ont été observés après des discussions avec Kigali, les forces du M23 et leurs alliés resteraient positionnés sur des points stratégiques autour de la ville, compromettant ainsi les efforts de désescalade.
Interrogé sur d’éventuelles sanctions contre le président Kagame ou son entourage, le conseiller américain a indiqué que Washington dispose «d’un nombre d’outils » pour faire pression. Il a rappelé que des sanctions ciblées ont déjà été imposées contre certaines personnalités et entités impliquées dans les circuits de financement du conflit, citant notamment des mesures contre l’ancien chef d’état-major rwandais James Kabarebe. Ces déclarations marquent un durcissement du ton américain, dans un contexte où la communauté internationale s’inquiète de l’extension du conflit et de ses conséquences humanitaires.
De son côté, le président Paul Kagame a rejeté toute implication militaire directe dans le conflit. Lors du dialogue national « Umushyikirano », il a attribué les tensions avec la RDC à la présence des rebelles hutus rwandais des FDLR sur le territoire congolais, considérés par Kigali comme une menace existentielle. Il a également nié toute motivation liée à l’exploitation des ressources minières congolaises ou à des ambitions territoriales, affirmant que son pays ne poursuit aucun agenda expansionniste.
Plusieurs rapports des Nations unies et des États-Unis contredisent pourtant la position de Kigali, affirmant que le Rwanda apporte un soutien militaire, logistique et stratégique au M23. Le Conseil de sécurité de l’ONU a, à plusieurs reprises, appelé Kigali à cesser tout appui au groupe armé et à retirer ses troupes du territoire congolais. Face à ces accusations, le Rwanda continue de nier toute implication, dénonçant des allégations politisées.
Les États-Unis affirment poursuivre leurs échanges diplomatiques avec Kigali, tout en exigeant des « mesures concrètes sur le champ de bataille » pour évaluer la sincérité des engagements pris. Pour Washington, la crédibilité des accords dépendra de leur mise en œuvre effective et de la fin des hostilités.
Dans ce bras de fer diplomatique, la RDC observe attentivement l’évolution de la position américaine, tandis que la région reste suspendue à l’issue d’un processus de paix encore fragile et incertain.
JK


