Le gouvernement congolais s’attaque à l’un des principaux gouffres financiers de l’administration publique. Les premiers résultats de l’audit des effectifs de la Police nationale congolaise (PNC), présentés lors de la 94ᵉ réunion du Conseil des ministres présidée par le chef de l’État, Félix Tshisekedi, mettent en lumière d’importantes irrégularités dans la gestion des ressources humaines de la police.
Sur les 157 886 dossiers déjà examinés, 63 817 ont été classés comme prioritaires en raison de possibles anomalies administratives. Selon le rapport présenté par le Vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, ces dossiers concernent notamment des policiers non actifs, des agents présumés fictifs ainsi que des situations nécessitant des vérifications approfondies.
Dans la foulée, le gouvernement a décidé d’accélérer le contrôle physique des effectifs et la biométrisation des policiers sur toute l’étendue du territoire afin de disposer d’une base de données fiable et d’assainir durablement les effectifs de la PNC. Cette démarche est corroborée par les déclarations du commissaire général adjoint chargé de l’appui et de la gestion de la Police, le général Jean-Bosco Galenga.
Au lancement de la phase opérationnelle de l’identification biométrique, il a indiqué que, sur les 168 617 policiers actuellement pris en charge par l’institution, 20 à 22 % relèvent d’un statut passif, regroupant essentiellement des retraités et des agents décédés qui figurent encore dans les fichiers administratifs. Le premier chantier consistera ainsi à retirer ces effectifs passifs de la chaîne de paie avant de poursuivre le nettoyage complet de la base de données des agents actifs.
Des équipes seront déployées sur le terrain afin d’identifier chaque policier et de lui délivrer une carte biométrique sécurisée et cryptée. Au-delà de la simple réforme administrative, cette opération représente un enjeu majeur de gouvernance publique. Depuis plusieurs années, la question des agents fictifs et des doublons dans les services de l’État pèse lourdement sur les finances publiques.
Si les irrégularités détectées sont effectivement confirmées puis corrigées, le gouvernement estime que l’État pourrait réaliser jusqu’à 233 millions de dollars américains d’économies par an. Des ressources qui pourraient être réaffectées à l’amélioration des conditions de travail des policiers réellement en service, au renforcement des équipements de sécurité ou encore au financement d’autres priorités nationales.
L’assainissement des effectifs de la Police nationale constitue également une étape importante dans la modernisation de l’administration congolaise. La biométrisation permettra non seulement de fiabiliser les fichiers du personnel, mais aussi de renforcer la transparence dans la gestion de la solde, de limiter les fraudes et de mieux planifier les recrutements et les départs à la retraite.
Le succès de cette réforme dépendra toutefois de la capacité des autorités à mener les contrôles jusqu’à leur terme et à maintenir une base de données constamment mise à jour. Si cet objectif est atteint, l’opération pourrait devenir l’une des plus importantes réformes de gouvernance engagées ces dernières années au sein des forces de sécurité congolaises, tout en contribuant à une gestion plus rigoureuse des finances publiques.
JK


