Les bureaux de l’Assemblée nationale et du Sénat ont officiellement convoqué le Parlement en Congrès pour le lundi 8 décembre 2025. Selon la décision conjointe signée par Jean-Michel Sama Lukonde Kyenge, président du Sénat, et Isaac Jean-Claude Tshilumbayi, premier vice-président de l’Assemblée nationale, un seul point figure à l’ordre du jour : l’audition du discours du Président de la République sur l’état de la Nation.
Ce Congrès intervient dans une atmosphère exceptionnelle : trois jours seulement après la signature des Accords de Washington entre la RDC, le Rwanda et les États-Unis, accords présentés comme la matrice d’un retour progressif à la paix à l’Est, avec en toile de fond une intégration économique encadrée par Washington. Le moment est donc hautement politique : il s’agit pour le chef de l’État non seulement de dresser le bilan annuel, mais surtout de traduire la portée historique de Washington dans le récit national.
Plusieurs attentes se dessinent :
Présenter Washington comme un tournant stratégique : Le président devrait insister sur quatre éléments clés : la médiation américaine, la cessation progressive des hostilités, la création d’un cadre de coopération économique régionale, les garanties sécuritaires destinées à contenir l’amplification du conflit à l’Est.
Adresser un message de réassurance nationale : Washington suscite autant d’espoir que de scepticisme, notamment pour : la question de l’intégrité territoriale, la présence du M23/AFC dans le Kivu, les inquiétudes sur la souveraineté minière. Le Président devra donc rassurer et convaincre : l’accord n’est pas une capitulation, mais une stratégie d’équilibre diplomatique.
Engager un discours d’unité politique : Dans une période où le front intérieur reste divisé, le discours pourra être utilisé comme opportunité pour : rappeler la nécessité d’un consensus national, tendre la main aux forces politiques, montrer que la paix exige une cohésion interne renouvelée.
La tenue de ce Congrès annonce aussi un rôle accru du Parlement dans le suivi, l’évaluation et la mise en œuvre progressive de cet accord. Il est probable que les commissions parlementaires soient appelées à analyser : les implications constitutionnelles, les répercussions sur la souveraineté nationale, les engagements économiques. La ratification et l’appropriation parlementaire seront déterminantes pour donner légitimité institutionnelle et continuité politique aux engagements pris à Washington.
Le Congrès se tiendra sous tension politique. Plusieurs voix de l’opposition ont déjà exprimé : des doutes sur les clauses sécuritaires, la crainte d’une dépendance diplomatique envers Washington, des suspicions d’accord politique direct avec Kigali au détriment du dialogue national. Félix Tshisekedi devra composer entre l’affirmation de son leadership diplomatique et l’impératif d’une cohésion politique sans laquelle toute mise en œuvre resterait précaire.
La population attend surtout des réponses concrètes : à la situation humanitaire dans les provinces en guerre, aux mouvements de déplacés, aux violences, à la présence persistante du M23/AFC. Mais aussi des perspectives tangibles sur : le désarmement, la restauration de l’autorité de l’État, la reconstruction économique des zones affectées. Washington ouvre une porte, mais elle ne garantit ni la stabilité, ni la réconciliation locale sans politiques internes massives.
Ce Congrès apparaît comme l’un des moments politiques les plus importants du second mandat de Félix Tshisekedi. Il devra : expliquer Washington, rassurer la Nation, donner une direction stratégique et engager le pays vers une phase nouvelle, où diplomatie internationale et politique interne deviennent indissociables. L’histoire retiendra peut-être que, trois jours après Washington, Kinshasa cherchait déjà à transformer un accord diplomatique en projet national.
Junior Kulele


