La première Semaine nationale du Climat en République démocratique du Congo (RDC) s’est achevée sur une note à la fois politique et symbolique. Présidée par le Chef de l’État Félix Antoine Tshisekedi, cette rencontre a rassemblé un large éventail d’acteurs – du gouvernement central aux provinces, en passant par la société civile, les communautés locales et les partenaires internationaux.
Au-delà du protocole, cette initiative marque l’affirmation d’une vision nationale sur la question climatique : transformer les atouts naturels du pays en moteur de développement durable. Portée par la ministre de l’Environnement, Marie Nyange Ndambo, la stratégie climatique congolaise repose sur trois piliers : la préservation des forêts et des écosystèmes du Bassin du Congo ; la promotion des emplois verts ; la lutte contre la déforestation.
Le programme phare « La Forêt, c’est nous ! » ambitionne de repositionner la RDC comme pays-solution dans la lutte mondiale contre le réchauffement climatique. Avec 70 % des forêts du Bassin du Congo, 10 % des réserves mondiales d’eau douce et des tourbières stockant des milliards de tonnes de carbone, le pays détient des atouts écologiques uniques. Dans la rhétorique présidentielle, ces ressources ne sont plus perçues comme un simple patrimoine naturel, mais comme un levier géopolitique et un instrument de justice environnementale.
Cependant, l’enthousiasme des discours se heurte à la réalité institutionnelle. La gouvernance environnementale demeure fragile, marquée par : la dispersion des initiatives locales, souvent sans coordination nationale ; la faiblesse administrative des provinces ; et la lenteur dans la mise en œuvre des politiques publiques. La ministre Nyange Ndambo tente d’y remédier en réunissant les 26 ministres provinciaux de l’Environnement pour harmoniser les actions. Mais la réussite de ce mécanisme dépendra d’une véritable décentralisation et d’un suivi opérationnel sur le terrain, là où les forêts reculent face aux exploitations minières et agricoles.
L’autre grand enjeu réside dans le financement. La RDC plaide pour une solidarité internationale équitable, fondée sur le principe de responsabilités communes mais différenciées. L’alliance stratégique avec le Brésil, via l’initiative Tropical Forest Forever Facilities (TFFF), ouvre des perspectives diplomatiques avant la COP30.
Mais sur le plan pratique, l’accès aux fonds verts reste limité, freiné par des exigences de transparence et de réformes structurelles.
La crédibilité de la RDC dépendra donc d’une gouvernance financière rigoureuse, capable de prouver que chaque dollar investi se traduit par une action concrète pour la protection des forêts et le bien-être des populations.
Le succès du programme « La Forêt, c’est nous ! » repose sur une condition clé : l’implication effective des communautés locales. Longtemps marginalisées, elles constituent pourtant les premières gardiennes des écosystèmes. Leur intégration, aux côtés des femmes, des jeunes et des peuples autochtones, représente le socle d’une économie verte inclusive, créatrice d’emplois et de cohésion sociale.
La RDC se trouve à un carrefour stratégique : riche en cobalt, cuivre et lithium, elle détient des ressources essentielles à la transition énergétique mondiale. Mais cette richesse soulève un dilemme : comment concilier exploitation minière et préservation environnementale ? Sans une planification écologique intégrée, le risque est grand de voir les ambitions climatiques étouffées par la logique extractive, perpétuant un modèle de croissance peu durable.
La Semaine nationale du Climat 2025 constitue un moment fondateur pour la RDC : elle inscrit le climat au cœur du débat national et réaffirme la souveraineté écologique du pays. Mais la réussite ne se mesurera pas à la force des discours, plutôt à la capacité du gouvernement à passer à l’action, à instaurer une administration verte, efficace et transparente, et à intégrer la dimension écologique dans toutes les politiques publiques.
Constantin Ntambwe


