À peine la démission actée, déjà la procédure continue. Au Sénat, le départ de Modeste Bahati Lukwebo de son poste de deuxième vice-président n’a pas interrompu le processus engagé contre lui. Bien au contraire. La commission spéciale et temporaire chargée d’examiner la pétition visant sa destitution se réunit ce jeudi 19 mars, conformément à un communiqué signé par la rapporteure du Sénat, Néfertiti Ngudianza.
Sur le plan institutionnel, la démarche intrigue. Pourquoi poursuivre une procédure de destitution alors que l’intéressé a déjà quitté ses fonctions ? La réponse tient à la logique parlementaire : la commission doit aller au bout de son mandat, notamment en auditionnant les différentes parties. Sont attendus devant elle les sénateurs pétitionnaires ainsi que Bahati Lukwebo lui-même, dans un souci de clarté et de traçabilité politique.
Composée de 27 membres représentant les provinces du pays, ainsi qu’un délégué non inscrit, cette commission dispose de 72 heures pour soumettre son rapport à la plénière. À l’origine de cette séquence, une pétition initiée par le sénateur Dany Kabongo, ayant recueilli 83 signatures. Les griefs avancés : une supposée « incompétence » dans l’exercice des fonctions de deuxième vice-président du Sénat. Mais derrière cette qualification, difficile à objectiver, se dessine une réalité plus politique.
La mise en cause de Bahati intervient dans un contexte marqué par de fortes tensions internes au sein de l’Union sacrée. En toile de fond, un débat sensible : celui de la révision ou du changement de la Constitution. Selon plusieurs sources politiques, la position réservée de Bahati Lukwebo sur cette question aurait contribué à fragiliser sa position. Au sein de l’Union sacrée, les voix favorables à une réforme constitutionnelle se multiplient.
Mais en face, l’opposition monte au créneau, dénonçant une initiative « inopportune », voire « suicidaire », dans un contexte sécuritaire déjà critique. Avec l’Est du pays toujours en proie aux violences attribuées à la rébellion de l’AFC/M23, la question de la stabilité institutionnelle devient centrale. Pour l’opposition, toute réforme majeure de la Constitution risquerait d’aggraver les fractures et de détourner l’attention des priorités sécuritaires. Elle appelle ainsi à privilégier la cohésion nationale plutôt que des réformes jugées sensibles.
Au-delà du cas Bahati, la réunion de cette commission apparaît comme un test. Test de crédibilité pour les institutions, appelées à démontrer leur rigueur procédurale. Test politique aussi, dans un contexte où les équilibres internes de la majorité semblent de plus en plus mouvants. La démission de Bahati Lukwebo n’a donc pas clos le débat. Elle en a peut-être, au contraire, ouvert un autre : celui de la gestion des divergences au sommet de l’État. Au Sénat, une page se tourne… mais le livre, lui, reste ouvert.
JK


